Suzanne Lallemand (1993, 1994) a travaillé minutieusement sur les pratiques de circulations infantiles, à partir du terrain togolais. En croisant les récurrences statistiques et les études de cas, elle a notamment interrogé l’hypothèse selon laquelle la filiation déterminait les modalités de confiage. Sa conclusion (2004 : 299-319), appuyée par une analyse comparative, dans l’ouvrage coordonné par Isabelle Leblic, est que les enjeux du placement sont divers et que le facteur « filiation », et plus précisément l’usage de termes de parenté donnant des pères et des mères classificatoires, n’est pas déterminant.
Les trajectoires des enfants confiés à Hadjia semblent aussi rendre compte de facteurs complexes expliquant comment et pourquoi des enfants, aux profils différents, sont ainsi placés. Ils peuvent être « orphelins de père », de mère, enfants dits de « malades mentaux » mahaukàtâ, enfants retrouvés dans la rue, « abandonnés » ou « confiés » momentanément pour cause de déplacement149.
Hadjia semble la tutrice indiquée pour diverses raisons esquissées précédemment. Elle est choisie par différents acteurs : les parents et les assistants sociaux. Elle l’est du fait de son statut de femme charitable, aisée, citadine, directrice d’une école coranique, parfois parente et surtout spécialiste volontaire de la prise en charge de nombreux enfants. Cet engagement s’inscrit dans la continuité du projet de son père, ainsi que dans des convictions religieuses qui l’amènent à donner tout son temps, son énergie et son argent au service d’enfants qui occupent tout l’espace de la maison familiale, devenue trop étroite.
Mais avant que ces enfants, désignés comme marâyu chez Hadjia, parviennent au centre, qui sont-ils ? Comment se construisent leurs statuts particuliers ? Au cours de quelles interactions et autour de quels enjeux ?
Autrement dit, quels sont les aspects qui les distinguent et les rapprochent, selon les acteurs ?
Nous ne reviendrons pas précisément sur cette dernière catégorie qui correspond à un statut temporaire, contrairement aux autres. S’il devait se prolonger, les enfants seraient alors considérés comme abandonnés.