Conclusion de la troisième partie

A partir de la définition officielle du maraya (« orphelin » au singulier), en tant que celui qui a perdu son père, se décline un ensemble d’autres catégories, mobilisées au quotidien par les acteurs présents à Zinder.

Deux motifs justifient cette complexification : les enjeux pratiques de la survie d’un enfant privé de lait maternel ainsi que de l’affection de sa génitrice. Tous ne s’accordent toutefois pas sur l’emploi commun du terme maraya, et notamment du fait d’une distinction portant sur la reconnaissance de la filiation de l’enfant.

…..

Pareillement au temps colonial, la « légitimité » de la « reconnaissance » de l’enfant est posée comme critère d’attribution du statut « d’orphelin » mais selon des modalités différentes.

Ainsi, dans le quotidien, le mariage religieux des géniteurs puis le baptême de l’enfant sont des rituels de « légitimation » et de « reconnaissance ». Les instances étatiques, quant à elle, accordent le statut « d’orphelin pensionné » ou « d’orphelin survivant » aux dépendants économiques, « reconnus juridiquement », malgré qu’ils ne soient pas nés dans le mariage ou qu’ils ne soient pas les enfants biologiques du défunt. Le point commun à ces deux attributions est donc la nécessité que l’enfant soit « reconnu », religieusement ou juridiquement selon les cas.

En revanche, durant la période coloniale, si le statut « d’orphelin de guerre » dépendait de l’identification paternelle, le statut « d’orphelin métis » nécessitait que le père soit légalement désigné comme « inconnu ».

Comme nous l’avons vu au cours du huitième chapitre, la considération des « orphelins », selon ces différentes modalités de reconnaissance de filiation, motivent les négociations des règles officielles. Nous proposons, maintenant, d’aborder ces dernières sous un angle privilégiant le sens que les Zindérois accordent aux rôles qui leur sont attribués et à leurs marges d’interprétation.