Des choix pratiques : vers d’autres normes

En résumé, les fictions illustrent les transgressions que les règles officielles subissent (ce qui déplait aux défenseurs de la shari’a) tout en les réaffirmant. L’oncle enfreint les règles de respect et de protection de l’héritage ou la marâtre maltraite « l’orphelin » dont elle a la garde mais ils en subissent les conséquences. Ces réaffirmations du bon comportement permettent à leurs producteurs de confirmer leur rôle de garant des normes, en tant que musulman ou d’éducateur. Mais comment le public reçoit-il ces messages ?

La réception des fictions audiovisuelles par les téléspectateurs africains a fait l’objet de quelques analyses considérant plutôt l’impact de productions importées (voir notamment J.F. Werner 2006 : 144-195). Dans notre cas, les films hausa sont produits à Kano dans la même aire linguistique, historique et religieuse que Zinder (bien qu’ils soient influencés par le cinéma indien), tant par l’introduction de séquences musicales, diffusées en boucle sur la radio nigérienne, que par l’omniprésence du romantisme dans les relations hommes-femmes qui rompt avec les codes hausa (Larkin 1997, 2000 : 241). La proximité entre Kano et Zinder n’est pas que culturelle, elle est aussi sociale. Kano est la destination principale des Zindérois (hommes commerçants possédant des boutiques et femmes distillant leurs marchandises dans les sphères privées) pour s’approvisionner en produits manufacturés. Les films illustrent la différence économique des deux villes par la mise en scène quasi systématique de la richesse qui constitue le quotidien de certaines familles nigérianes. Hormis ces différences contextuelles, les films font apparaître des éléments symboliques qui parlent aux téléspectateurs zindérois. Mais comment ces éléments sont-ils appréhendés dans le quotidien des individus ayant à jouer le rôle social, réel, des personnages contés ?

Il nous faut traverser le récit, pour rencontrer « l’orphelin », la marâtre, les individus protecteurs et comprendre comment ils appréhendent leurs personnages fictifs, caricaturés, servant un message moralisateur qui réaffirme les règles coraniques. Comment « l’orphelin », la marâtre, le protecteur jouent-ils leur rôle entre les stéréotypes qui leur sont accolés et réaffirmés dans le regard d’autrui, et les enjeux quotidiens, réels, qui se posent à eux ?

Pour en rendre compte, procédons par une lecture progressive des personnages et des discours que nos interlocuteurs et les jeunes, dans leurs rédactions, portent sur eux.