Au cours des parties précédentes, les constructions du statut « d'orphelin » sont progressivement apparues comme relevant d'un processus diachronique, appréhendé à travers la reconstitution de micro-événements.
Si des définitions émiques de « l'orphelin » sont données officiellement, elles sont constamment négociées, compte-tenu d'enjeux :
La dernière étape de ce processus est contemporaine. Elle correspond à l'introduction d'une nouvelle catégorie, entre santé publique et intervention développementiste-humanitaire : celle « d'orphelins et enfants vulnérables », adoptée par l’assemblée des Nations Unies en 2001. Cette considération venait répondre aux conséquences, visibles et alarmantes, de la pandémie de VIH/sida en Afrique de l’Est et du Sud220.
En 2001, le taux de séroprévalence évalué au Niger, par le dispositif de surveillance sentinelle auprès des femmes enceintes, était de 0,87 %. En 2005, il était évalué à 1,1 % pour revenir à 0,87 % en 2007, selon l’ONUsida221. Les estimations effectuées avec l’Unicef indiquaient alors que 8 900 enfants étaient « infectés » et 46 000 « orphelins du fait du sida ».
En 2005, le gouvernement, appuyé par la banque mondiale et des ONG françaises et belges, proposait la décentralisation progressive de la prise en charge médicale des patients séropositifs, permis par l'acheminement de traitements antirétroviraux gratuits. Un accompagnement d'initiatives associatives devait compléter ces mesures : afin de servir l'identification, puis le soutien médical, des enfants séropositifs et afin d’apporter une aide économique, voire psychologique, à ceux non « infectés » mais dits « affectés » par la maladie de leurs parents.
Comment ce dispositif est-il venu s'inscrire dans le contexte zindérois ? Comment les veuves, les patients, les représentants religieux, les agents de santé, ceux de l'assistanat social ou les agents développementistes et humanitaires ont-ils commencé à mobiliser cette nouvelle catégorie « d'Orphelins et Enfants Vulnérables » ?
Il s'agit ici d'interroger ce qui se joue dans les interactions avec pour intention de mettre en lumière tant les conséquences des politiques globales sur le quotidien des enfants que les influences de ce local sur le positionnement des acteurs développementistes.
Un niveau de décision nous intéressera d'abord : celui des représentants de l'Unicef, aux côtés des agents de l'État des ministères avec lesquels ils collaborent. Ils se confrontent tous à la réalité du peu d'enfants identifiés au niveau régional.
Les réappropriations locales de ce dispositif seront questionnées depuis une association de personnes vivant avec le VIH/sida. Nous verrons comment le langage développementiste sur l’orphelinage est transmis puis, stratégiquement, adopté. Nous commencerons à percevoir les aspects de la catégorie « d’Orphelin et Enfant Vulnérable » acceptés et ceux qui viennent éclairer les différences entre la catégorie de santé publique et le quotidien pratique des enfants concernés.
Nous y arriverons plus précisément en entrant dans les centres de santé et en échangeant avec les proches des enfants, pris en charge médicalement. Ils n’étaient que 80 en 2007, pour tout le Niger, et bien peu réguliers aux rendez-vous. Leurs discours nous importeront donc pour comprendre ce qui se joue dans « l'étiquetage » en tant qu’« Orphelin et Enfant Vulnérable » au sein du parcours de soin.
Selon les estimations de UNAIDS, le Swaziland enregistre toujours un taux de 26,1 % en 2007, le Botswana 23, %, le Lesotho 23, 2%, l’Afrique du Sud 18,1 %...
Voir le rapport sur la situation mondiale http://data.unaids.org/pub/GlobalReport/2008/GR08_2007_HIVPrevWallMap_GR08_en.jpg