Chapitre 11. Qui enregistrer comme « orphelins et enfants vulnérables »?

L’Unicef intervient au Niger afin de soutenir plusieurs volets sanitaires (dont les campagnes de vaccination essentiellement ou la lutte contre le paludisme), l’apport matériel aux établissements de soins et scolaires ainsi que pour appuyer institutionnellement le volet « protection de l’enfance » du gouvernement.

Dans ce dernier, les enfants dits « orphelins et enfants vulnérables » occupent une place importante. Si cette catégorie se veut englobante, comme nous l’avons esquissé en introduction, le statut « d’orphelin » et le facteur « sida » sont mobilisés prioritairement, soit pour qualifier la situation épidémiologique d’enfants « infectés », soit pour mettre en avant la nécessité d’assister des enfants « affectés » par la maladie de leurs parents et considérés de ce fait comme plus « vulnérables » (c'est-à-dire davantage privés des droits de l’enfant dont la convention a été ratifiée par le Niger).

Cette primauté accordée à une perception construite s’est notamment révélée au cours du discours du représentant de l’Unicef lors de la Journée de l’Enfant Africain de 2005, cité en introduction à cette thèse. Elle apparaît également dans les campagnes marketing de l’Unicef qui visent l’obtention de dons.

Mais lorsque la mise en scène officielle s’estompe et laisse la place aux contraintes opérationnelles, les agents onusiens dévoilent leur mobilisation négociée du statut « d’orphelin et enfant vulnérable » alors qu’ils se confrontent à la pluralité des perceptions de l’enfance.