Dans leur argumentation en faveur de la négociation de la catégorie d’OEV, les agents onusiens expriment une contrainte importante : les enjeux qui entourent l’affichage ou la dissimulation du statut sérologique. Ils explicitent comment l’attribution de l’étiquette « OEV » doit normalement être corollaire à un statut médical. Mais celui-ci relève d’une interprétation sociale et ne va pas de soi. Si le virus existe indépendamment de sa connaissance scientifique, il ne peut être considéré par les pouvoirs publics et par les individus que suite à un processus de catégorisation et à un choix politique229. Dans ce sens, l’aspect médical contenu dans le statut d’« Orphelin et Enfant vulnérable » relève aussi d’une construction politique et sociale, et non seulement d’une réalité biologique.
Ainsi, à partir de 2005, l’accès gratuit aux traitements ARV a été décentralisé à Zinder, d’abord, puis à Maradi. Ce programme national dit « d’Initiative d’Accès aux AntiRétroViraux » (INAARV) a été mené par des directions ministérielles appuyées par le Fonds Mondial, la Banque Mondiale, l’ONUSIDA et par une ONG française, membre des réseaux internationaux. Cette ONG fut responsabilisée pour former les médecins aux nouveaux traitements et pour accompagner la mise en place d’un tissu associatif.
Dans le cadre de ce projet de décentralisation, l’identification d’enfants à soutenir devait se faire dans les centres de santé. Deux configurations donnent en effet droit au statut de potentiel bénéficiaire : le dépistage des patients pédiatriques (pour le volet « infectés ») et le dépistage des parents (pour les enfants « affectés »).
Voir notamment Gruénais, Delaunay, Eboko & Gauvry (1999), Eboko (2005) et Fassin (2004, 2006).