Le dépistage médical avant l’identification sociale

Des pathologies récurrentes, notamment pulmonaires et dermatologiques, ou un état de malnutrition répétitif attirent l’attention des médecins sur l’infection pédiatrique.

‘« Avant que l’on puisse tester la charge virale, on avait des doutes sur des enfants qui revenaient constamment malnutris. C’était l’un des symptômes les plus évidents». Un pédiatre.’

Les premiers enfants intégrés au programme INAARV à Zinder ont ainsi été dépistés dans le centre de récupération nutritionnelle de Maradi, normalement installés pour soigner les victimes infantiles de la crise alimentaire (Koné 2008).

‘« Vous savez c’était compliqué pour nous, parce qu’on ne doit pas se substituer aux services de santé de l’État et qu’il est prévu dans notre protocole de ne traiter que les infections causées par ou directement liées à la malnutrition. On ne peut pas s’engager sur des traitements à long terme, tels que ceux nécessaires pour le VIH. Nous avons le même problème avec la drépanocytose230 qui semble très présente. Nous n’avons fait qu’un petit échantillonnage mais nous aurions plus de 20 % des enfants qui seraient concernés.
Alors, pour ce qui est du VIH, on testait seulement le sang prélevé chez les mères afin d’alimenter le stock de la banque de sang pour les transfusions. Et on brulait le sang infecté. Lorsque les médecins ont commencé à être formés à Zinder et que les traitements sont devenus disponibles, on a progressivement demandé aux mères si elles étaient d’accord pour qu’on vérifie leur sang. On a pu faire l’annonce aux mères séropositives en leur demandant leur accord pour dépister également leurs enfants. Comme c’était par leur don de sang que l’on établissait le diagnostique, on respectait le principe selon lequel il ne faut pas risquer la stigmatisation de l’enfant en annonçant d’abord sa séropositivité. Plutôt que de se retrouver avec une chaine de causalité : « malnutrition-enfant-VIH/sida-parents séropositifs », on obtient le circuit plus proche de celui de la transmission « statut sérologique de la mère-VIH/sida-enfant dépisté ». Un médecin responsable du CRENI.’

Du côté des acteurs de santé, les contraintes qui limitent leurs marges d’action sont diverses231. Des questions éthiques sont posées (dépister et que faire après si on ne bénéficie pas de moyens à long terme pour poursuivre les traitements ?) ainsi que d’autres, d’ordre institutionnel, dus à la cohabitation de structures étatiques et étrangères, controversée suite à des débats houleux concernant « l’ingérence » de ces dernières pendant la crise alimentaire qui a sévi quelques mois auparavant (Olivier de Sardan 2008 : 18-19).

Ainsi le statut d’enfant « infecté » est accordé depuis les structures de santé, officiellement suite au dépistage des parents mais souvent, dans la pratique, suite à la considération préalable de l’enfant.

Notes
230.

Sur la drépanocytose voir Lainé, Bonnet, Keclard & Romana (2004).

231.

Dans le contexte de Bobo Dioulasso, une dizaine d’années auparavant, Alice Desclaux décrit comment la considération du statut sérologique des patients malnutris a conduit à une médicalisation de la prise en charge de la malnutrition (Desclaux 1996).