Statut à acheter

Un exemple extrême offre l’illustration de l’attrait pour l’aspect social du statut « d’orphelin du sida ». Une ONG islamique a installé un projet, courant 2007, afin de soutenir des « orphelins de père et de mère ». Les veuves, et plus précisément les « reines-mères », à l’affût des nouveaux projets, ont pris cette indication comme un euphémisme « d’orphelins du sida » pour lequel elles avaient bénéficié d’une formation de l’Unicef.

‘À cette annonce, relayée notamment par la radio locale, l’une d’entre elles, M., présidente de groupements féminins et veuve d’un chef de quartier influent, se rend chez une de ses voisines, qu’elle soupçonne d’avoir perdu son mari et sa coépouse du sida. Elle lui transmet l’information, en ne mentionnant surtout pas ses soupçons, et l’encourage à obtenir les pièces d’état-civil pour ses enfants et ceux de sa coépouse dont elle est la tutrice. M. lui offre son aide, elle peut obtenir les pièces plus facilement puisqu’une de ses cousines travaille au tribunal. Dans le bureau de sa parente, l’astucieuse notable explicite la contrepartie attendue. Des pièces seront aussi réalisées pour sa fille qui deviendra sur le papier celle de cette voisine, mieux placée qu’elle pour obtenir les fonds de cette ONG. ’

Par cet exemple, se mesure comment l’aspect social du statut « d’orphelin du sida » est réapproprié par les acteurs locaux, en dehors de sa dimension médicale et stigmatisante quotidienne. Le statut est endossable, dans la sphère administrative-développementiste, afin d’obtenir des fonds.