En 2007, moins de 80 enfants séropositifs étaient pris en charge dans les services de santé au Niger alors que les enfants qui en auraient besoin sont estimés être 8900 par l’ONUSIDA et le Comité Intersectoriel de Lutte contre le Sida nigérien. Après une année, parmi ces 80 patients, seule une fillette semblait être « observante » à Zinder, comme elle s’était présentée à l’ensemble des rendez-vous fixés par son pédiatre. S’il est difficile de connaître les pratiques de prise effective des médicaments, l’enfant avait, dans tous les cas, bénéficié d’un approvisionnement régulier en médicaments249. Les autres étaient « perdus de vue », peut-être du fait de l’absence des médecins en formation250 ou des ruptures ponctuelles de médicaments ou de matériel servant à tester la charge virale afin d’adapter le traitement.
Les médecins font toutefois leur possible pour respecter les rendez-vous. Ainsi, lors de notre séjour à Maradi, la pédiatre était-elle présente pour assurer les consultations, malgré le décès d’un de ses proches. Les journées de formation sont en revanche considérées avec sérieux, tant pour asseoir la connaissance des traitements que pour obtenir des rentrées d’argent supplémentaires (perdiem)251.
Les explications de la disparition des patients pédiatriques sont également à chercher du côté des enjeux de l’affichage ou de la dissimulation du statut sérologique des enfants252.
Les médecins ont accepté de nous laisser étudier les dossiers des patients, rendus anonymes par le remplacement de leur nom par un numéro. Quant aux résultats nationaux concernant l’observance pédiatrique, les informations nous ont été données par l’un des médecins français qui accompagne le programme. Merci à l’ensemble ces acteurs qui se sont toujours montrés disponibles.
Sur les discussions entre patients et médecins concernant le manquement des rendez-vous, voir Aissa Diarra & Adamou Moumouni (2008 : 17). Sur l’absentéisme des praticiens en formation, voir Marc-Eric Gruénais (2005 : 344).
Nos observations rejoignent celles de Marc-Eric Gruénais qui parle de « marché des formations » (2005 : 340-345) en offrant une description de ce que représentent les perdiems tant pour les structures de santé que pour le praticien.
Ces données ont fait l’objet d’une communication lors du colloque « prise en charge du sida pédiatrique », organisé par l’ONG Solthis à Niamey, en décembre 2006.