La malnutrition : alibi offert par les humanitaires

Le dépistage des enfants se fait via deux voies principales dans le contexte zindérois :

  • la nécessité d’élaborer un diagnostic à partir : d’une malnutrition sévère répétitive, d’infections pulmonaires (et notamment une tuberculose) ou de pathologies dermatologiques ;
  • le VIH dépisté chez une femme enceinte ou chez une mère qui allaite son enfant.

Les premiers cas d’enfants séropositifs ont été dépistés et identifiés dans les centres de santé de récupération nutritionnelle d’ONG internationales, comme nous l’avons esquissé précédemment. Afin d’assurer un relatif anonymat aux mères et aux enfants, l’ONG a proposé de les accompagner au service de pédiatrie de l’hôpital ; devenu centre prescripteur en fin 2006. Plutôt que d’être affichés « VIH », les patients étaient donc étiquetés « malnutrition ». Le suivi nutritionnel est plus commun et a, par ailleurs, fait l’objet d’une perception un peu plus positive depuis la crise alimentaire de 2004-2005 et la remise de vivres pour le retour de l’enfant dans son foyer (Koné 2008).

L’entourage social des mères a toutefois pu émettre des remarques sur la durée du rétablissement de l’enfant.

‘« La femme de mon frère m’a fait la remarque comme quoi ce n’était pas normal que j’aille encore au likitan kwamisu (« l’hôpital pour kwamisu»)253 ». Une mère anciennement résidente au Nigeria, venue chez son frère pour présenter son enfant malnutri (alors que des centres de renutrition n’étaient pas installés de l’autre côté de la frontière), et finalement restée pour permettre le suivi médical de l’enfant dépisté. ’

Cette stratégie d’anonymat permet d’éviter, momentanément donc, les contraintes qui conduisent au refus du dépistage infantile ou à un manque d’observance : le risque de visibilité du statut VIH du fait de la fréquentation régulière d’un centre de santé avec son enfant.

Notes
253.

Voir Koné (2008 : 165-166) sur les termes vernaculaires utilisés pour désigner la malnutrition depuis la crise alimentaire de 2004-2005 et le renforcement des équipes humanitaires.