3.3.3. E. Vischer et la critique révisionnelle

En 1886, un autre critique, Eberhard Vischer publia une monographie très marquante. Moins soucieux de distinguer les différentes sources qui ont pu servir à la composition de l’Apocalypse, Vischer concentre son attention sur Ap. 11 et 12 ; il y voit le point central du livre et en fait le pivot de son argumentation : il s’agit en effet de la naissance du Messie, mais ce Messie ne saurait être Jésus-Christ.

Comment croire qu’un Chrétien aurait pu évoquer la vie de Jésus, son ministère, sa mort et sa résurrection en termes ambigus ? Seul un juif peut attendre et prophétiser la naissance du Messie. Ainsi appuyé sur l’autorité de son maître Adolf von Harnack, Vischer affirme que l’Apocalypse est un ouvrage juif revu et corrigé par une main chrétienne 266 .

Pour Weyland comme pour Vischer, l’Apocalypse a été rédigée par une main chrétienne sur un fond documentaire d’origine juive 267 . Son document comprend fondamentalement deux sources : l’une du temps de Titus, l’autre du temps de Néron. Le rôle du rédacteur consiste à combiner ces deux sources, en les modifiant et les complétant, pour en faire un livre chrétien.

Désormais, la question est définitivement orientée vers l’origine de l’Apocalypse. La critique littéraire eut l’effet de stimuler l’exégèse si bien qu’il y avait de multiples commentaires sur l’Apocalypse autour des années 1886 268 . Si Vischer insiste uniquement sur l’origine juive, d’autres se tourneront alors vers la Grèce, l’Egypte, l’Iran, la Mésopotamie, et ce sera l’épanouissement d’une nouvelle méthode exégétique 269 .

Notes
266.

Th. CALMES, op. cit., p.40 ; P. PRIGENT, ibid., p.110.

267.

Th. CALMES, op. cit., p.41.

268.

P. PRIGENT, Apocalypse 12. Histoire de l’exégèse, … p.111.

269.

Ibid., p.111.