3.4.3. E. Lohmeyer et le mythe eschatologique

Ernst Lohmeyer (1896-1946), théologien évangéliste, publia Die Offenbarung des Johannes en 1926. Il considère que l’Apocalypse est écrite en grec et par un seul auteur et que son adaptation chrétienne est une interprétation originale. Lohmeyer est influencé par le mythe eschatologique de la sagesse qui descend sur terre pour y chercher un lieu d’habitation. Lohmeyer relève dans les religions orientales (Isis en Egypte) comme dans le judaïsme, le thème de la sagesse, déesse du ciel, épouse de Dieu et mère du Messie.

C’est pourquoi, Ap. 12 peut être interprété à partir des fonctions de la sagesse : 1) en tant que puissance rédemptrice du monde, la sagesse descendue sur terre est persécutée et fuit en son lieu ; 2) elle enfante le logos divin ; 3) elle est le signe de la défaite du dragon et de l’actualité du royaume de Dieu. Il s’agit donc de la naissance du Messie dans une perspective eschatologique. La femme de Ap. 12 et Babylone de Ap. 17 sont des personnifications d’entités célestes ou diaboliques, parentes des figures « iraniennes » du mandaïsme et du manichéisme.

D’après Lohmeyer, l’Apocalypse n’enseigne rien que la foi primitive commune, en exaltant le martyr et la prophétie ; et toutes ses grandes figures « symboliques » n’ont rien à voir avec l’histoire de son époque ou d’une autre ; elles sont d’une eschatologie qui est hors du temps avec une sorte d’équivalence du passé, du présent et de l’avenir 276 . Grâce au sang de l’Agneau, la victoire est acquise. Les Chrétiens sont la descendance de la femme eschatologique.

L’histoire des religions continuait à interpréter l’Apocalypse à partir de son hypothèse parallèle au mythe. Combien abondants sont les récits parallèles invoqués par les commentateurs? Combien insuffisantes sont leurs hypothèses ? Prigent y remarque cependant l’importance de Ap. 12 :

‘Ap. 12 serait un témoin, parmi beaucoup d’autres, de l’extraordinaire diffusion de ce vieux thème religieux ; il ne serait pas à expliquer par une référence à telle religion ou tel mythe précis, mais à comprendre comme une adaptation, sur un sol chrétien ou judéo-chrétien, d’un élément appartenant à la pensée religieuse d’un monde et d’une époque 277 .’

L’école d’histoire des religions a peu à peu perdu l’enthousiasme dont elle jouissait au début de XXe siècle. Petit à petit les commentateurs lassés de ses exagérations sont revenus à des ambitions plus modestes.

Notes
276.

E.-B. ALLO, op. cit., p.CCLXXI.

277.

P. PRIGENT, Apocalypse 12. Histoire de l’exégèse, … p.128.