4.3.1. La recherche de la source

À partir des différents essais de critique littéraire, les auteurs contemporains sont parvenus à un point commun : ils voient dans l’Apocalypse une combinaison de sources, dans lesquelles il convient de faire une part à l’élément juif 297 . D’autre part, certains remarquent une unité littéraire dans l’Apocalypse : le livre présente un ensemble de documents au moyen d’une rédaction qui donne la trame. On suppose alors un document primitif qui se change et se modifie en passant du premier rédacteur jusqu’au rédacteur définitif 298 .

Il y a l’accord des critiques, mais il y a aussi des discussions sur la détermination de l’origine respective des documents 299 . Aune distingue trois théories de la critique de source 300 :

1) La théorie de compilation : c’est la proposition dans laquelle on considère l’Apocalypse comme un texte composé par un auteur de deux ou plusieurs apocalypses. Dans cette ligne, Aune note M. É. Boismard (Revue biblique 56, 1949), J. M. Ford (L’Apocalypse, 1965), H. Stierlin (La vérité, 1982). Ils n’acceptent pas la théorie de combinaison de sources écrites par plusieurs auteurs. 

2) La théorie de révision : l’hypothèse sur une seule composition qui est modifiée selon l’édition révisée. R.H. Charles (A Critical and Exegetical Commentary on the Revelation of St. John, 1920) suppose que le premier auteur Jean est mort lorsqu’il a écrit Ap. 1, 1 – 20, 3. À cette composition originelle, les documents indépendants sont rassemblés et ajoutés par un éditeur, qui était « un disciple pieux mais inintelligent » de Jean, pour la composition de Ap. 20, 4 – 22, 21. D’après Charles, cet éditeur fait le chaos de la partie ajoutée : il était moins habile pour le grec que l’auteur. Aune situe Pierre Prigent dans cette ligne, parce qu’il propose la théorie de deux éditions de l’Apocalypse.

3) La théorie des fragments : la proposition d’un texte réunissant des fragments par Jean. C’est une absorption dans laquelle l’auteur et l’éditeur sont un. Cette théorie suppose des compilations variées. Ce sont J. Weiss (Die Offenbarung des Johannes, 1904), U. B. Müller (Messias und Menschensohn in jüdischen Apokalypsen und in der Offenbarung des Johannes, 1972) qui travaillent sur cette question.

C’est ainsi que l’exégèse essaie d’élucider des incohérences et des irrégularités dans le texte de l’Apocalypse. Il semblait que la solution soit donnée, mais il est impossible dans ce genre de recherche d’arriver à un résultat définitif. Du point de vue épistémologique, cette recherche de la source obéit à ses règles : d’abord, le livre est considéré comme un document ; ensuite, on s’intéresse à la cause, non pas aux effets du texte fonctionnant dans l’acte de lecture ; il n’y a enfin aucune place pour le lecteur comme sujet. Il est donc évident que cette recherche de la source ne répond pas à la question de la lecture.

Notes
297.

Th. CALMES, op. cit., p.43-44.

298.

Cf. Ibid., p.48-49.

299.

Th. CALMES, op. cit., p.43 ; P. PRIGENT, Apocalypse 12. Histoire de l’exégèse, … p.110.

300.

Cf. David E. AUNE, op. cit., p.cx-cxvii.