Pour l’analyse narrative, la compréhension et la communication du message biblique correspondent à sa forme de récit et de témoignage. L’analyse narrative s’attache donc à construire l’architecture narrative du texte qui va déployer le monde du texte où le lecteur est convoqué à entrer. C’est à l’analyse sémiotique qu’elle a emprunté l’attention sur la narrativité, mais elle ne néglige jamais l’intention de l’auteur 340 .
La méthode d’analyse narrative – centrée sur le développement de la « narration » – se base sur l’acte de communication dont Roman Jakobson a donné un schéma devenu célèbre :
Dans son étude attentive de la forme des récits, l’analyse narrative s’attache à six « outils » 341 : 1) l’intrigue, qui est la mise en système des éléments qui constituent l’histoire racontée ; 2) l’étude des techniques de caractérisation des personnages ; 3) le jeu des focalisations interne et externe ; 4) la temporalité dans laquelle on peut distinguer le temps raconté et le temps racontant ; 5) le cadre du récit qui constitue le moment, le lieu, le contexte social ; 6) le point de vue du narrateur.
Dans une telle recherche, il semble qu’il faille distinguer la théologie narrative et l’analyse narrative 342 . En fait, comme nous l’avons vu concernant la composition et la structure de l’Apocalypse, l’intérêt de la théologie à la narrativité est plus ancien que l’analyse narrative. Mais celle-ci permet à la théologie de passer un nouveau seuil épistémologique. Elle l’interroge sur son rapport à la matrice biblique ou à la forme de communication des textes bibliques, de communication de la foi.
L’avantage de la méthode d’analyse narrative est qu’elle contribue à faciliter le passage dans le « monde du texte » biblique dont la nature est narrative. Grâce à cette méthode, le texte conduit son lecteur dans son univers narratif et son système de valeurs.
Cependant, l’analyse narrative se base uniquement sur le pôle de communication, d’où l’inconvénient plus important pour nous, du fait qu’elle reste toujours au niveau de la communication et ne pousse pas plus loin.
Daniel MARGUERAT, Quand la Bible se raconte, col. Lire la Bible, Paris, Cerf, 2003, p.21-22.
Ibid. p.23-28.
Nous en avons parlé plus haut concernant la différence entre la critique narrative et la narratologie. Et nous l’avons pu constater dans les communications prononcées par André WÉNIN et Christoph THEOBALD, au Colloque « Aujourd’hui, lire la Bible » organisé par de l’université Catholique de Lyon, le 30 novembre 2006.