Pour la lecture fondamentaliste, la Bible est parfaite en tant que « Parole de Dieu inspirée et exempte d’erreur ». Elle cherche donc à lire et interpréter littéralement la Bible en tous ses détails. Elle entend l’interprétation « littérale » comme une interprétation « littéraliste » qui exclue sa croissance historique et son développement. Il faut noter qu’elle s’oppose à toutes les méthodes synchroniques et diachroniques pour l’interprétation de la Bible.
Le terme « fondamentaliste » naît du Congrès biblique américain qui s’est tenu à New York en 1895. Pour se sauvegarder du libéralisme, les exégètes protestants conservateurs définissent cinq points qui caractérisent le fondamentalisme » : 1) l’inerrance verbale de l’Ecriture ; 2) la divinité du Christ ; 3) sa naissance virginale ; 4) la doctrine de l’expiation vicaire ; 5) la résurrection corporelle lors de la seconde venue du Christ. Parti de l’inerrance verbale de la Bible, le fondamentalisme insiste aussi sur l’inerrance des détails dans les textes bibliques. Il ne compte pas sur la temporalité que le texte raconte et rapporte, non plus sur le langage symbolique et figuratif. Il n’accorde aucune attention aux formes littéraires et aux auteurs humaines des textes bibliques 350 .
Bien que le fondamentalisme ait l’intention de garder les vérités primaires chrétiennes, sa façon de les présenter prouve une idéologie qui n’est pas du tout biblique. S’étant fondé sur la norme qu’il entend dans la Bible, le fondamentalisme refuse tout questionnement et toute recherche critique. C’est une lecture non-critique qui ne sert finalement qu’à confirmer des idées politiques et sociales marquées par des préjugés, d’inspiration raciste ou sectaire par exemple. L’inconvénient de la lecture fondamentaliste est incontestable. Elle attire les personnes qui veulent chercher des réponses bibliques à leurs problèmes. La lecture fondamentaliste est donc une lecture illusoire qui donne une fausse certitude.
Face à la lecture fondamentaliste, il est important de discerner de quelle méthode nous devons nous servir pour lire et interpréter la Bible. Comme nous avons remarqué plus haut, il est vrai que toutes les méthodes et approches pour l’interprétation ont à la fois des avantages et des inconvénients. C’est pourquoi, l’Église catholique souligne la nécessité de compléter l’une par l’autre 351 . Il est certain que le sens de la Bible devient fécond à partir des méthodes et approches diverses d’interprétation.
Quant à la question de la lecture, il faut percevoir vers quelle fonction et vers quel effet la lecture s’oriente. S’il y a une rencontre véritable avec la parole, comme le dit Grégoire le Grand, non seulement un lecteur progresse dans la parole de la Bible, mais aussi la Bible même progresse avec lui 352 . Il s’agit de la rencontre du sujet-lecteur avec la parole vivante de la Bible. En comparaison des autres méthodes et approches qui s’attachent à l’intension de l’auteur, la sémiotique amène le lecteur ou l’interprète jusqu’à devenir lui-même sujet dans l’aventure de la parole.
Voir Constitution dogmatique Dei Verbum, III, 11.
Commission biblique pontificale, L’interprétation de la Bible dans l’Eglise … p.34 et 40 et 54.
GRÉGOIRE LE GRAND, In Ez, I, VIII, 8s : « Et quia unusquisque Sanctorum quanto ipse in Scriptura sacra profecerit, tanto haec eadem Scriptura sacra proficit apud ipsum, recte dicitur » (plus un saint progresse dans l’Ecriture sacrée, plus l’Ecriture même progresse avec lui).