3.2.1. L’accomplissement

Dans l’Apocalypse, il y a toujours le phénomène de l’écho au niveau de la structure du livre. La première vision fait écho à la dernière vision du livre : le visionnaire reçoit l’ordre d’écrire ce qu’il a vu et entendu. Dans la première vision, il a vu quelqu’un qui semblait être le Fils d’homme tenant en sa main le chandelier à sept branches, qui sont les sept Églises ; dans la dernière vision, la cité sainte est prête comme l’épouse préparée pour son époux. Enfin, il a entendu trois fois la même parole : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la Fin » (1, 17 ; 21, 6 ; 22, 13). Le texte de l’Apocalypse construit ainsi la totalité signifiante des signifiants intermédiaires entre le commencement et la fin.

D’autre part, il y a l’écho dans la condition sémiotique de l’énonciation (énonciateur « Dieu », énonciataire « serviteurs ») et dans l’objet de la communication : « ce qui doit arriver bientôt » (1, 1 ; 22, 6). Dans la partie finale, il y a le phénomène de dédoublement où l’objet de la communication est tout de suite transformé en « je», du pronom relatif nominatif au pluriel neutre : « ce qui doit arriver bientôt (    ) » (22, 6) ; « Voici, je viens bientôt (  ) » (22, 7.12). L’énonciateur touche directement l’énonciataire, mais il confirme : « Oui, je viens bientôt (,  ) » (22, 20). Soulignons ici le fait que l’objectif de l’Apocalypse est accompli : « C’en est fait () » (21, 6).

Du côté du lecteur énonciataire, l’organisation et l’effectuation sont assez complexes, mais concernent toujours la parole à entendre : « Heureux celui qui lit et ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent les choses écrites en elle » (1, 3) ; « Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre » (22, 7). Si, dans l’adresse, il s’agit du désir de la lecture, de l’écoute et de la pratique de la parole, dans la partie finale, il s’agit de la pratique, qui appelle le corps. Si, dans l’adresse, l’énonciation de l’Apocalypse s’énonce directement (« Oui, Amen ! » : 1, 7), dans la partie finale, l’énonciation est adressée comme une réponse donnée directement à l’énonciateur (« Amen, viens, Seigneur Jésus » : 22, 20). Le sujet d’énonciation émerge face à l’appel de l’Autre.