Dans l’Apocalypse, la Femme est en devenir vers l’accomplissement. Du signe à la figure, de la déformation à l’horizon de discours, elle a fonction d’établir la totalité signifiante du texte.
Dans son premier état, la Femme est dans la relation avec Dieu en qui elle est protégée. Autrement dit, cette Femme représente uniquement son appartenance à Dieu. Tandis qu’en tant que Prostituée et fausse prophétesse, la Femme se trouve dans une relation avec Satan ou la Bête. En ce qui concerne la relation collective avec la Prostituée, il n’y a pas de distinction entre les eaux et la terre, celles-ci sont en état de confusion ainsi que les rois et les habitants de la terre. La Prostituée est expulsée à cause de ses œuvres de prostitution et de ses paroles non véridiques.
C’est l’Épouse de l’Agneau qui est revêtue des œuvres justes des saints dans la relation à la fois filiale et nuptiale avec Dieu. Enfin, l’énonciation du texte déploie un dispositif relationnel significatif sur la base du statut dialogique : « Oui, je viens bientôt. Amen, viens, Seigneur Jésus » (22, 20). Dans cette finale, le lecteur énonciataire se trouve aussi dans l’état d’union où l’énonciateur et l’écrivain visionnaire se trouvent unis.
Avec la Femme, nous passons de l’ordre des signes décodables à la chaîne discursive interprétable. Cela nous permet de dégager une organisation figurative d’ensemble dans laquelle la manifestation textuelle développe un univers de signes liant signifiant et signifié, tandis que la signification immanente sépare l’expression du contenu jusqu’à ne plus le représenter.
L’histoire des figures correspond à la suite des transformations qui affectent les rapports d’une position initiale de croire et d’une position terminale, correspondant à la vérité. Le monde ancien disparaît et le monde nouveau apparaît. Mais ce dernier n’est pas tout à fait nouveau, puisqu’il est établi sur le fondement de la relation étroite avec Dieu auprès de qui la Femme était déjà sauvée. Autrement dit, le monde nouveau est une recréation ou un renouvellement de la relation filiale et amoureuse avec Dieu pour que l’humanité demeure à jamais auprès de Lui. C’est une aventure humaine, une traversée pour une vie nouvelle.
Or, il y a encore l’émergence d’une parole : « Voici, je fais toutes choses nouvelles » (21, 5). Autrement dit, tout l’itinéraire humain vers une vie nouvelle va à Celui qui ordonne d’écrire et continue de dire : « C'en est fait. Je suis l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin » (21, 6). Comme nous l’avons mentionné dans nos remarques de l’ensemble du livre, cette déclaration comprend deux notions : le « sujet » et le « signifiant », ainsi que la relation de l’un avec l’autre ; il ne s’agit donc pas de définir le sujet, mais plutôt de le représenter par un rapport 451 . La déclaration d’identité ainsi formulée signale et annonce une totalité signifiante.
Avec la Femme, l’Apocalypse redéfinit enfin la relation entre Dieu et l’humanité comme relation du désir : « À celui qui a soif, je donnerai de la source de l'eau de la vie, gratuitement » (21, 6). À travers une traversée de l’Apocalypse, Dieu nous appelle ainsi comme un sujet singulier vers une relation nuptiale et filiale. Nous y reviendrons dans notre troisième partie.
Jean CALLOUD, « Je suis l’alpha et l’oméga. L’Apocalypse à la lettre », communication prononcée au colloque du CADIR à Lyon en 2006 ; à paraître dans Sémiotique et Bible, n°138, Janvier 2008.