Première partie - L’aménagement des ressources en eau et la classification des systèmes fluviaux : présentation de la problématique de recherche

1.1. L’Homme et les systèmes fluviaux

L’être humain, depuis son apparition à la surface de la Terre, a développé une étroite relation avec les systèmes fluviaux. Au long de la Préhistoire, l’homme utilisait déjà les cours d’eau pour s’approvisionner en eau, pour la pêche et pour la navigation. La disponibilité de l’eau sur la surface de la planète déterminait les zones propres à l’occupation, et parfois des déplacements de population étaient opérés en raison du régime des pluies.

Pendant l’Antiquité, d’importantes civilisations se sont développées en suivant les grands fleuves et rivières, tel les Egyptiens, des peuples de la Mésopotamie, des peuples de l’Indus et de la Chine. Les cours d’eau étaient utilisés pour l’approvisionnement des villes en eau, pour le transport de personnes et marchandises, pour l’évacuation des déchets et des eaux usées et pour l’irrigation des zones agricoles. La maîtrise de certaines techniques permettait aussi la construction de barrages pour le contrôle du régime hydrologique et la construction de canaux de dérivation pour la navigation. Un des exemples les plus nets de la maîtrise de l’eau par les peuples de l’Antiquité étaient les jardins suspendus de Babylone, une des sept merveilles du monde.

Autour du Xe siècle, au Moyen Âge européen, l’usage des roues à aubes s’est répandu dans l’Occident, et l’énergie des cours d’eau a été mobilisée pour des activités commerciales, comme les moulins à céréales, les forges et les scieries. Par contre, les ouvrages destinés à l’approvisionnement en eau coûtaient très cher, ce qui faisait que seules les villes les plus riches avaient accès à ce genre d’infrastructure. Les problèmes liés à la pollution des puits et la dégradation des cours d’eau réduisaient les ressources disponibles, de sorte que l’exploration des fontaines et des sources était devenu un enjeu très lucratif. Les questions de propriété et du droit d’accès à l’eau potable avaient parfois pour résultat de violents conflits.

Pendant la Renaissance, Leonardo Da Vinci a écrit quelques notes dans son journal sur l’eau, les rivières, l’origine de la charge transportée par les cours d’eau, les canaux et l’aménagement des systèmes fluviaux, basées principalement sur les observations faites sur l’Arno, à Florence. Du point de vue scientifique, les notes de Da Vinci ne sont pas totalement correctes, ce qui est acceptable en raison des limites imposées par les connaissances de l’époque. Néanmoins, Leonardo Da Vinci a fait un pas considérable en direction de la compréhension des systèmes fluviaux. Les recherches de Da Vinci et celles faites par le français Bernard Palissy ont été à l’origine des études systématiques en hydrologie.

A la fin du XVIIIe siècle, la pression sur les ressources en eau augmentait de plus en plus. L’accroissement de la population urbaine et le développement de l’agriculture à grande échelle demandaient beaucoup d’eau, tandis que la pollution se révélait être un grave problème pour l’utilisation des ressources existantes. Les problèmes de santé publique, ainsi que la mauvaise qualité des eaux préoccupaient la population des grands centres urbains. Ainsi, à partir du milieu du XIXe siècle, des projets d’assainissement des grandes villes de l’Europe ont été réalisés.

Le XIXe siècle a été marqué aussi par la Révolution Industrielle, quand le développement technologique et la modernisation des procès productifs ont permis l’essor des industries dans les grandes villes européennes. La création des machines à vapeur et l’industrialisation de l’Europe ont transformé l’eau en outil de travail (HAGHE, 1998). Ainsi, les cours d’eau ont-ils acquis une importance économique et stratégique.

Dans ce contexte, les sciences liées aux systèmes fluviaux essayent de former un noyau de connaissances fondamentales, qui permettent aux responsables de l’aménagement du territoire de rechercher des solutions aux problèmes qui touchaient la population, principalement celle des zones urbaines. C’est à partir de ce moment que des sciences comme l’hydraulique, l’hydrologie et la géomorphologie fluviale ont acquis leur statut.

Au XXe siècle, l’augmentation de la population, la densification des villes, l’expansion de l’agriculture et l’exploitation des ressources en eau se sont accrues. Malgré le progrès scientifique et technologique, qui a nettement amélioré les conditions de vie et d’aménagement des ressources naturelles, les problèmes de qualité et distribution des eaux ont traversé le siècle, et ils sont aujourd’hui encore présents dans tous les continents, surtout dans les régions les plus pauvres.

Au présent, les discussions se concentrent surtout sur la gestion des ressources en eau. Les organismes de gestion, les responsables de l’approvisionnement public et les usagers concentrent leurs efforts afin de maintenir la qualité et la disponibilité de l’eau pour l’avenir. Pour cette raison, le besoin d’études de diagnostic et de classification des cours d’eau a pris une grande importance.