1.4.1. La classification des cours d’eau dans la théorie du cycle d’érosion

La théorie du cycle d’érosion ou du cycle géographique formulée par Davis (1899) est considérée comme un des premiers travaux de classification des cours d’eau (KNIGHTON, 1998). En réalité, cette théorie a été présentée par la première fois par Davis en 1884, pendant une session de l’Association of American Geologists (GIUSTI, 2004). Cinq ans après, dans un article sur les rivières et les vallées de Pennsylvanie (DAVIS, 1889), Davis a présenté le cycle complet de la vie d’une rivière avec des idées sur le progrès de la dénudation du relief à l’échelle régionale. Dix ans après, un nouvel article présente une nouvelle fois au milieu scientifique la théorie du cycle géographique (DAVIS, 1899).

La théorie proposée par Davis (1899) considérait qu’après le soulèvement, un relief tectoniquement stable, sous conditions de stabilité du climat et du régime des cours d’eau, était soumis aux processus de dénudation régionale, qui rabaisseraient les formes du relief jusqu’au niveau de la mer (niveau de base). Le réseau hydrographique est pour Davis le principal agent d’aplanissement du relief et, au cours de cet aplanissement, ce dernier passe par une succession de stades ordonnés : la jeunesse, quand le relief est encore haut et à forte pentes ; la maturité, quand le relief est rabaissé et les pentes plus faibles ; la vieillesse, quand la majeure partie du relief est déjà abaissée (pénéplaine) ; et la sénilité, quand la morphologie se résume à une plaine d’érosion (GIUSTI, 2004). Ainsi, dans la théorie du cycle d’érosion, les cours d’eau étaient un moyen qui permettait la compréhension de l’histoire de l’évolution géologique d’une région donnée.

La théorie du cycle géographique a été progressivement détaillée par Davis au cours des premières années du XXe siècle. En même temps, cette théorie a fait progresser les débats sur l’évolution du relief, sur les stades successifs de la dénudation et sur l’évolution du profil en long des cours d’eau. Malgré ses contributions à la compréhension des systèmes fluviaux, une critique a été faite au cycle géographique : « le temps n’est pas une base utile et facilement applicable pour les classifications » (KNIGHTON, 1998). L’utilisation d’une terminologie chronologique (jeunesse, maturité, vieillesse et sénilité) donne une fausse idée de temps, qui ne correspond pas toujours à l’âge véritable du relief.