1.4.2. La hiérarchisation du réseau hydrographique

‘“Toutes les ramifications de l’eau à quelque degré de leur parcours que ce soit, si elles sont d’égale rapidité, sont de taille égale à celle de la rivière principale”
Leonardo Da Vinci, The Notebooks of Leonardo Da Vinci, Volume 1, VIII. BOTANY FOR PAINTERS, AND ELEMENTS OF LANDSCAPE PAINTING, 394 – 396. The law of proportion in the growth of the branches, Florence, 1508.’

Horton (1945) a présenté une technique d’ordination des cours d’eau inspirée des idées de l’hydrologue allemand Gravelius (1914) (LE FELLIC, 1990, 1991 ; BRAVARD et PETIT, 2002). Selon la technique proposée par Gravelius (1914), les segments du réseau hydrographique d’un bassin versant quelconque sont susceptibles de hiérarchisation. Le cours d’eau principal du bassin versant reçoit l’ordre « 1 » depuis son exutoire jusqu’à sa source ; de la même façon, les affluents reçoivent des numéros d’ordre, qui augmentent en direction de l’amont. Afin de donner une meilleure idée de la magnitude des cours d’eau, Horton (1945) a inversé le système d’ordination de Gravelius (1914), en donnant l’ordre « 1 » aux sources et en augmentant la valeur en direction du tronc hydrographique principal. Par contre, la valeur d’ordre atteint par un cours d’eau donné à l’exutoire est extrapolée jusqu’à sa source le long de son cours, de façon que chaque cours d’eau possède une valeur d’ordre unique (Figure 2).

A partir de la proposition présentée par Horton (1945), Strahler (1957) a développé un nouveau système d’ordination, dans le but de supprimer la subjectivité imposée par l’extrapolation des numéros d’ordre jusqu’aux sources. Pour Strahler (1957), le fait d’attribuer un même numéro d’ordre à la totalité d’un cours d’eau donne une fausse idée de sa taille, car les sources et l’exutoire ont le même rang. Ainsi, dans sa nouvelle proposition, Strahler (1957) adopte comme unité hydrographique le tronçon. La méthode proposée attribue la valeur « 1 » à tous les tronçons de tête de bassin ; le rencontre de deux tronçons de valeur « 1 » produit, après leur confluence, un tronçon de valeur « 2 » ; le rencontre de deux tronçons de valeur « 2 » produit un tronçon de valeur « 3 », et ainsi de suite (Figure 2).

Une nouvelle proposition d’ordination des chenaux a été faite par Shreve (1966). Afin d’insister sur la notion de magnitude du réseau hydrographique, la méthode proposée par Shreve (1966) propose la somme des valeurs d’ordre aux confluences. Les sources reçoivent la valeur « 1 » ; la rencontre de deux tronçons de valeur « 1 » produit un tronçon de valeur « 2 » ; le rencontre d’un tronçon d’ordre « 1 » avec un tronçon d’ordre « 2 » produit un tronçon d’ordre « 3 », et ainsi de suite. La totalisation des ordres de tous les tronçons donne, à l’exutoire du bassin versant, la quantité totale de tronçons de rang « 1 » (Figure 2).

Figure 2. Ordination des cours d’eau selon les propositions de Gravelius (1914), Horton (1945), Strahler (1957) et Shreve (1966).
Figure 2. Ordination des cours d’eau selon les propositions de Gravelius (1914), Horton (1945), Strahler (1957) et Shreve (1966).