1.6. La recherche d’une méthode de découpage applicable aux bassins versants du Brésil

1.6.1. La problématique de recherche

La réorganisation de la politique environnementale au Brésil et la rédaction de la première version du Plan National de Ressources en Eau ont changé la posture du pays quant à la gestion de ses ressources. Après 1988, le Brésil, toujours reconnu comme un pays bien doté en eau, s’est éveillé à quelques problèmes qui, jusqu’à cette date n’étaient pas au centre des discussions: la distribution inégale des ressources sur le territoire, la croissante augmentation de la demande, les fréquents conflits entre les usagers de l’eau et la possibilité de problèmes de pénurie dans un avenir pas très lointain.

L’élaboration du PNRH peut être vue comme un premier effort de diagnostic de la situation des ressources en eau au Brésil. Sur la base de ce plan, le gouvernement brésilien s’est proposé de donner une nouvelle direction aux politiques de gestion des eaux dans le pays. Pour que cela devienne possible, il faut que le Brésil réponde aux questions qui sont apparues lors de la construction du PNRH, comme par exemple : « quels sont les problèmes des ressources en eau à l’échelle régionale et quelle est la hiérarchie de ces problèmes en fonction de leur aire d’influence ? », « quelle est la meilleure division spatiale pour les plans de bassins versants ? », ou encore : « quelle doit être l’articulation entre le plan national, celui des états et celui à l’échelle des bassins versants ? » (MMA, 2003, 2006).

Vis-à-vis de la nécessité qu’a le Brésil de mieux connaître son territoire et ses systèmes fluviaux, de travailler ses plans de gestion en échelles emboîtées et de planifier les futures politiques de protection et préservation des eaux, les travaux de classification de cours d’eau et de délimitation de zones homogènes, telles qu’on les a discutées précédemment, peuvent donner un point de départ intéressant à la recherche de solutions aux questions issues de la première version du PNRH. L’utilisation de ces expériences pour la construction d’une méthodologie adaptable à la réalité des bassins versants brésiliens peut apporter une contribution de valeur aux instances qui s’occupent de la gestion des systèmes fluviaux au Brésil.

En considérant les présupposés décrits ci-dessus, ce travail a pour but la construction et l’application d’une approche méthodologique de délimitation de zones homogènes et de sectorisation longitudinale de cours d’eau, qui englobe à la fois l’hydro-écorégion et le tronçon fluvial ; il s’agit de respecter les spécificités des systèmes fluviaux brésiliens et d’appliquer cette méthode au bassin versant de l’Ivaí, dans l’Etat du Paraná.

Le choix du bassin versant de l’Ivaí pour la réalisation de cette recherche ne s’est pas fait au hasard. Ce bassin versant recouvre une surface importante de l’Etat du Paraná. Il s’y trouve quelques unes des plus grandes villes du Paraná, comme Londrina et Maringá. L’Ivaí draine deux régions agricoles fortement contrastées : une région peu développée économiquement à l’amont du bassin (à l’Est), avec une faible densité démographique et une agriculture très traditionnelle, basée sur la main d’œuvre familiale ; une autre région d’occupation récente, avec des zones urbaines planifiées, une agriculture très compétitive tournée vers le marché extérieur (IPARDES, 2004).

Ces dernières années, l’Ivaí et son bassin versant sont devenus le sujet de quelques recherches académiques. En 2003, le GEMA - Grupo de Estudos Multidisciplinares do Ambiente (Groupe d’Etudes Multidisciplinaires de l’Environnement), de l’UEM - Universidade Estadual de Maringá (Université de Maringá) a réalisé quelques travaux sur l’hydrologie et la géomorphologie de l’Ivaí, concentrés principalement dans la partie aval ; c’est une partie du projet « Regime Hidrológico e Sedimentação Quaternária no Curso Inferior do Rio Ivaí: Análise Geo-ambiental » (Régime hydrologique et sédimentation quaternaire du bas cours de l’Ivaí : analyse géo-environnementale). Deux autres études sur les aspects climatologiques du bassin de l’Ivaí ont été aussi récemment publiées (ANDRADE, 2003; BALDO, 2006). Le développement des discussions sur l’Ivaí et son bassin versant n’ont pas produit de résultats effectivement opérationnels jusqu’à présent.

En considérant le paradoxe existant entre le besoin de gestion des ressources en eau et l’absence d’études systématiques sur le bassin versant de l’Ivaí, on s’est posé quelques questions complémentaires: comment le Brésil et l’Etat du Paraná peuvent-ils faire des plans de gestion des ressources sans connaître les caractéristiques des systèmes fluviaux et leur diversité ? Serait-il possible d’établir une méthodologie de sectorisation des cours d’eau applicable au bassin versant de l’Ivaí, mais aussi aux grands bassins versants brésiliens ?