1.7. Conclusions de la Première Partie

L’interférence de l’homme avec les systèmes fluviaux n’est pas récente. Il y a plus de quatre mille ans les chinois construisaient déjà des digues pour se protéger des inondations ; il y a plus de trois mille ans les Mésopotamiens ont construit un canal pour la navigation ; il y a plus de deux mille ans et les Egyptiens profitaient du régime des crues pour l’agriculture (BETHEMONT, 2002). Le besoin d’eau, soit pour la consommation, soit pour l’usage agricole ou industriel, a poussé l’homme à interagir avec les systèmes fluviaux. Au fur et à mesure que cette interaction s’est intensifiée, la complexité des systèmes fluviaux devenait de plus en plus évidente. A fin de comprendre cette complexité, plusieurs systèmes de classification ont été créés.

L’analyse de quelques travaux portant sur la classification des systèmes fluviaux a permis d’observer que les objectifs des classifications varient en fonction des besoins de chaque pays ou continent et en fonction des objectifs retenus. Selon Mosley (1987) « les caractéristiques des cours d’eau mises en évidence dans les diverses méthodes de classification peuvent varier largement, en fonction de la proposition de celui qui les met en œuvre ».

Les premiers travaux développés aux Etats-Unis se sont concentrés principalement sur la compréhension de la morphologie des cours d’eau et des processus dont ils sont le siège. Les politiques d’avancée de l’occupation vers l’ouest, l’expansion des domaines agricoles irrigués et la construction des usines hydroélectriques ont été les facteurs qui ont motivé ce type de recherche. En Europe, où les cours d’eau sont utilisés depuis longtemps, les travaux de classification procèdent d’une autre logique, plus ciblée sur la récupération des écosystèmes fluviaux. Ces dernières années, la Directive Cadre Européenne sur l’Eau a fixé comme objectif la récupération des cours d’eau anthropisés d’ici 2015. Ceci a donné une nouvelle motivation aux études de segmentation et classification fluviale, qui cherchent maintenant à définir des états de référence écologique pour chaque tronçon à réhabiliter. Dans les pays d’occupation plus récente, comme la Nouvelle-Zélande, les travaux de classification présentent des objectifs qui mêlent la recherche de la compréhension du fonctionnement des systèmes fluviaux et le besoin de mieux connaître la diversité de ressources existant sur le territoire.

En ce que concerne le Brésil, le pays a adopté une nouvelle posture et il a récemment changé sa politique d’aménagement de l’environnement et des systèmes fluviaux. L’élaboration de la première version du PNRH - Plan National des Ressources en Eau signifie un premier effort pour connaître la distribution et l’état actuel de conservation des cours d’eau. Cette première version du PNRH étant encore très généraliste, le gouvernement envisage pour les prochaines années la reformulation du plan à une échelle plus détaillé, et la construction des plans de ressources en eau au niveau des états.

L’aménagement des ressources en eau au Brésil n’est pas simple et se confronte à l’absence de données. Les bassins versants brésiliens couvrent de grandes surfaces ; la plupart d’entre eux ne possèdent pas de longues séries d’informations hydrologiques ; certains bassins versants ne possèdent pas d’informations sur la production et le transport de sédiments ; les documents cartographiques disponibles sont souvent à des échelles trop petites. La construction d’une méthode de travail pour l’aménagement des bassins versants brésiliens doit prendre en compte toutes ces particularités. Il n’était pas raisonnable de choisir une méthode parmi celles qui existent et de l’appliquer au Brésil ; il était préférable d’utiliser l’expérience des travaux faits dans certains pays pour construire une méthode adaptée aux bassins versants du Brésil.

En considérant ces limites, la méthode des écorégions semble bien adaptable au cas brésilien. Elle ne demande pas une grande quantité d’informations, elle s’adapte à plusieurs échelles spatiales (échelles emboîtées), elle donne une bonne idée du fonctionnement des hydrosystèmes et elle peut orienter l’aménagement des ressources en eau. Ainsi, l’utilisation du concept d’écorégion peut-il être une bonne alternative aux besoins du gouvernement brésilien.

L’utilisation de la télédétection semble aussi bien adaptable au cas brésilien. La télédétection est utile dans les bassins versants étendus ou dans les bassins versants dépourvus de documents cartographiques de bonne qualité (BOTHALE et al., 1998).