Après la période des premières explorations, dans la deuxième moitié du XVIe siècle, les royaumes de Portugal et Espagne ont commencé à faire des efforts effectifs d’occupation des territoires récemment découverts. Ces efforts d’occupation se sont exprimés par la fondation des premières villes de ces nouvelles terres.
Selon le Traité de Tordesillas, signé par le Portugal et l’Espagne en 1494, les nouveaux territoires situés à l’ouest du méridien tracé à 370 lieues (1 770 km) à l’ouest des îles de Cap Vert étaient la propriété du royaume d’Espagne, tandis que les terres situées à l’est de ce méridien étaient la propriété du royaume de Portugal.
Les Espagnols occupaient déjà la ville d’Asunción, au Paraguay, mais ils étaient confinés à l’intérieur du continent, sans une bonne sortie vers la mer, tandis que les Portugais occupaient la partie est du continent sud-américain, en contrôlant toute la côte. Entre les deux royaumes, étaient les territoires dits « vides », peuplés en fait de tribus indigènes et encore peu connus.
L’occupation espagnole du territoire du Paraná a commencé en 1554, avec l’établissement du village d’Ontiveiros, sur les berges du Paraná (Figure 34). En 1557, ce village a été déménagé à la confluence de la Piquiri et du Paraná, et son nom a été changé en Ciudad Real del Guayra (actuellement la ville de Guaíra, dans l’Etat du Paraná). A partir de cet établissement, les Espagnols sont entrés dans l’intérieur du Paraná, en utilisant les vallées de l’Ivaí et du Piquiri comme axe principaux de déplacement. En 1576 ils ont établi sur les berges de la Corumbataí la ville de Vila Rica del Espiritu Santo et, en 1579, ils ont déplacé cette ville à la confluence de la Corumbataí et de l’Ivaí (actuellement la ville de Fênix, Etat du Paraná).
A la fin du XVIe siècle, les missionnaires jésuites avaient souhaité faire œuvre de pacification et d’évangélisation des indigènes, de façon semblable à ce qui était déjà en cours dans les villes de la côte nord-est du Brésil. En profitant de cette occasion pour renforcer son domaine sur les territoires récemment occupés, le roi d’Espagne donna en 1608 l’autorisation aux Jésuites de commencer leurs travaux. Au cours des années suivantes, les missionnaires jésuites installèrent des « réductions » sur le territoire du Paraná. Selon Maack (1968), il y avait sept réductions dans la vallée de l’Ivaí et deux dans la vallée de la Corumbataí (un affluent de l’Ivaí) ; selon Noelli et Mota (1999) il y avait seulement quatre réductions dans la vallée de l’Ivaí.
Les réductions ou missions étaient des villages organisés par des Jésuites, où étaient rassemblés les indigènes, et qui avaient pour but premier l’évangélisation. Outre les activités religieuses, les réductions avaient une économie autonome et auto-suffisante, basée sur l’agriculture de subsistance, l’élevage du bétail, la récolte d’erva-mate 4 , la production de coton pour le tissage des vêtements, et d’autres activités. Dans les réductions, les indigènes étaient soumis à l’enseignement catholique, ce qui effaçait les traces de leur ancienne culture. En raison de l’existence de ces réductions dans le bassin versant de l’Ivaí et dans les bassins versants voisins, les déplacements des missionnaires et indigènes dans la région devinrent beaucoup plus fréquents. Pour se déplacer d’une réduction à l’autre ou pour aller jusqu’aux villages indigènes encore existantes, le chemin utilisé était les vallées des cours d’eau (NOELLI et MOTA, 1999).
Si pour les missionnaires les réductions étaient importantes comme instruments d’évangélisation, pour les Espagnols elles étaient importantes puisqu’elles occupaient les territoires vides et assuraient une relative paix avec les indigènes (BARCELOS, 2000 ; COSTA et MENEZES, 2002). Malgré cette situation de paix, les indigènes étaient encore capturés par les explorateurs portugais, pour être utilisés comme main-d’œuvre esclave.
La présence des réductions du territoire du Paraná attira l’attention des Portugais qui cherchaient des richesses et des indigènes pour l’esclavage. Dès lors, les réductions souffrirent des attaques de groupes d’explorateurs organisés, qui partageaient les richesses acquises de façon proportionnelle au pourcentage investi dans l’organisation de l’expédition
Ces expéditions, les Bandeiras 5, s’organisaient principalement dans l’Etat de São Paulo, d’où elles partaient en direction des réductions jésuites situées plus à l’ouest. Très vite, ces expéditions se sont révélées être un enjeu très rentable, de sorte que la fréquence des Bandeiras augmentait d’année en année. Il en résultait que les réductions jésuites étaient de plus en plus attaquées, pillées, écrasées, ce qui empêchait les missionnaires d’assurer la continuation de l’œuvre d’évangélisation. Ainsi, les réductions chutaient-elles les unes après les autres. L’année 1632 fut marquée par la destruction des réductions de la région de Guairá, et elle marque la fin de la période des Jésuites sur le territoire du Paraná. Après ces événements, les Jésuites quittèrent le territoire du Paraná en direction du sud, en traversant la rivière Uruguai et en occupant la partie ouest du plateau de l’Etat du Rio Grande do Sul. Avec la fin des réductions jésuites, une nouvelle période commença pour les Bandeiras. Ces expéditions avaient encore pour but la recherche de richesses et d’indigènes, mais elles cherchaient aussi des endroits qui permettraient l’occupation des terres vides de l’intérieur du Paraná. Ainsi, plusieurs expéditions furent organisées entre le milieu du XVIIe et le milieu du XVIIIe siècles, et plusieurs villes furent créées.
L’Erva-mate (Ilex paraguariensis) est un genre de thé vert beaucoup consommé au sud du Brésil, en Argentine, Uruguay et Paraguay.
Drapeaux