2.6.6. Les problèmes d’érosion au nord-ouest du Paraná

La région nord-ouest du Paraná, où prédomine le substrat gréseux, peut être considérée comme une région naturellement fragile. Les sols provenant de la décomposition de la Formation Caiuá, qui possèdent de faibles pourcentages d’argile, une forte friabilité et sont pauvres en nutriments, sont considérés comme très défavorables à un usage intensif (FONSECA et CZUY, 2005). Sur la carte des Aires Potentielles de Dégradation du Sol (Figure 43), présentée par l’IPARDES (2006), la région en question a été cartographiée comme une zone potentiellement soumise aux processus érosifs.

Figure 43. Aires Potentielles de Dégradation des Sols. Carte élaborée par l’IPARDES (2006). Les zones en rouge possèdent des sols à fort potentiel érosif ; les zones en bleu ont des sols à potentiel d’excédent hydrique. La ligne bleu foncé marque la limite du bassin versant de l’Ivaí.
Figure 43. Aires Potentielles de Dégradation des Sols. Carte élaborée par l’IPARDES (2006). Les zones en rouge possèdent des sols à fort potentiel érosif ; les zones en bleu ont des sols à potentiel d’excédent hydrique. La ligne bleu foncé marque la limite du bassin versant de l’Ivaí.

Au cours du XXe siècle, le Paraná est devenu l’un des principaux états agricoles du pays. La disponibilité des terres et la bonne fertilité des sols sur basalte ont été des facteurs fondamentaux de l’attraction des agriculteurs de la région sud-est (venues principalement des Etats de São Paulo et Minas Gerais) et du développement économique du nord et du nord-ouest du Paraná. Cependant, dans la région nord-ouest, la fragilité potentielle des sols vis-à-vis des processus érosifs est devenue une réalité à partir du moment où les agriculteurs ont coupé la forêt pour la remplacer par les plantations de café (Figure 44).

Figure 44. Evolution de l’usage du sol dans le nord-ouest du Paraná au cours du XX
Figure 44. Evolution de l’usage du sol dans le nord-ouest du Paraná au cours du XXe siècle.

L’occupation par la caféiculture exposait les sols naturellement fragiles à des labours pratiqués avec une faible mécanisation, mais avec une intense utilisation de main d’œuvre. Cette mauvaise combinaison a eu pour résultat une intensification des processus érosifs dans les zones rurales. De plus, dans les zones urbaines, l’accroissement des aires imperméabilisées a modifié la direction et la concentration des flux sur les versants, créant des problèmes d’érosion dans les villes d’Umuarama, Cidade Gaúcha et Paranavaí (ZAMUNER et al., 2002).

Dans les années 1960, en raison d’une baisse des prix, le gouvernement brésilien avait décidé de détruire une partie des plantations de café, et le nord-ouest du Paraná avait profité de cette occasion pour substituer progressivement au café les pâturages, la canne au sucre ou les labours mécanisés de soja, maïs et blé. A cause de la faible fertilité des sols et de l’érosion, ces labours fortement mécanisés n’ont pas obtenu une bonne productivité sur les sols gréseux, et pour cette raison ces cultures ont été rapidement remplacées par l’élevage, le manioc et les reboisements d’eucalyptus. Après le gel de 1975, la caféiculture a pratiquement disparu du nord-ouest du Paraná.

Malgré le changement de scénario agricole, qui a donné une meilleure couverture aux sols, le problème de l’érosion au nord-ouest du Paraná restait encore assez préoccupant. En 1975, le gouvernement du Paraná a créé le PROICS – Programa Integrado de Proteção dos Solos (Programme Intégré de Protection des Sols). Le PROICS avait pour objectif de mettre en œuvre des mesures pour le contrôle de l’érosion dans les régions sous agriculture intensive. En dépit de tous ces efforts, le programme a échoué dans le contrôle de l’érosion hydrique (MUZILLI, 2002). Au début des années 1980, les agriculteurs ont développé un système de terrassement, qui peu temps après a été adopté officiellement par les Services liés à l’agriculture. En 1984, le gouvernement du Paraná a lancé le PMISA – Programa de Manejo Integrado do Solo e Água (Programme d’Aménagement Intégré du Sol et de l’Eau), dans le but d’intervenir sur plusieurs fronts, avec l’utilisation de nouvelles techniques agricoles, la correction des sols, la reforestation et la correction des systèmes d’écoulement des eaux issues des routes. Ce programme, qui prévoit aussi la participation des agriculteurs dans les processus de décision, a été bien accepté ; par la suite il a été à l’origine du sous-programme d’aménagement de micro-bassin versants du PARANARURAL – Programa de Desenvolvimento Rural do Paraná (Programme pour le Développement Rural du Paraná).

Ces dernières années, l’occupation des sols du nord-ouest du Paraná est concernée principalement par l’élevage extensif (il y a aussi quelques pâturages abandonnés), et par la culture labourée du manioc et de la canne à sucre. En raison des progrès scientifiques et techniques, de nouveaux projets d’occupation du nord-ouest avec des labours commerciaux (soja, maïs et blé) sont apparus.

En ce qui concerne le bassin versant de l’Ivaí, son tiers aval se trouve dans la zone naturellement fragile, soumise à de forts processus érosifs. Sur cette problématique, Santos et al. (1999) ont élaboré une étude des pertes de sol dans le bassin versant de l’Ivaí, en utilisant comme méthode l’équation universelle de perte en sol. Sur la carte d’érodibilité naturelle des sols présentée par les auteurs (Figure 45), on observe que les sols de la partie aval du bassin versant possèdent un très fort potentiel érosif naturel.

Figure 45. Erodibilité naturelle des sols du bassin versant de l’Ivaí (source : Santos
Figure 45. Erodibilité naturelle des sols du bassin versant de l’Ivaí (source : Santos et al., 1999).

Par contre, sur la carte de synthèse (Figure 46) qui présente le résultat de l’application de l’équation universelle de perte en sol, la partie aval du bassin n’a pas été délimitée comme une zone de forte perte. Selon les auteurs, cette équivoque s’explique en raison de la qualité des données utilisées pour le calcul de l’équation. Certains paramètres utilisés dans le calcul ont été extrapolés à partir d’expertises réalisées à l’échelle locale, ce qui limite leur représentativité à l’échelle de la région. Il en résulte des pertes nettement sous-estimées (SANTOS et al., 1999).

Figure 46. Perte en sol estimé par Santos
Figure 46. Perte en sol estimé par Santos et al. (1999) pour le bassin versant de l’Ivaí, en utilisant l’équation universelle de perte en sols.

A l’échelle plus locale, l’observation des images satellitales de la partie aval du bassin versant de l’Ivaí attire l’attention sur un autre phénomène : l’érosion dans les têtes de bassins des affluents de l’Ivaí. La destruction presque totale de la couverture végétale et l’occupation indiscriminée des têtes de bassin versant par le café ont déclenché de forts processus érosifs dans ces secteurs. Sur l’image du nord-ouest du Paraná prise en 1973 par le satellite Landsat 1 MSS (Figure 47), il est possible de voir les versants presque entièrement défrichés, les labours et champs qui occupent tous les secteurs des sous-bassins, et les figures d’érosion autour des sources. L’image prise en 2005 par le satellite CBERS 2 CCD (Figure 47) montre un scénario un peu différent : les versants sont encore occupés par les labours et champs, mais les grandes zones d’érosion localisées autour des sources ont été abandonnées, et la végétation (en rouge sur l’image) commence à reprendre ces espaces. Les fonds de vallée sont aussi occupés par la végétation à cause de la loi sur les forêts riveraines, qui oblige au maintien de la végétation autour des cours d’eau. Sur la mosaïque des images prises en en 2007 par les satellites Quickbird (image de haute résolution) et Landsat 7 ETM+ (Figure 47), il est possible de voir plus nettement la reprise de la végétation sur les anciennes zones d’érosion. Il est possible de voir aussi qu’en quelques endroits les propriétaires essayent de réoccuper ces terrains, en les destinant aux pâturages.

Figure 47. Processus érosifs dans les têtes de bassin versant, près de la ville de Loanda. 1973 – Image Landsat 1 MSS ; 2005 – Image CBERS 2 CCD ; 2007 - Images Quickbird (haute résolution) et Landsat 7 ETM+.
Figure 47. Processus érosifs dans les têtes de bassin versant, près de la ville de Loanda. 1973 – Image Landsat 1 MSS ; 2005 – Image CBERS 2 CCD ; 2007 - Images Quickbird (haute résolution) et Landsat 7 ETM+.