4.3. La transférabilité de la méthode

Pour l’élaboration de la sectorisation des cours d’eau du bassin versant de l’Ivaí on a mis au point une méthode adaptée aux spécificités du bassin versant étudié. Mais serait-il possible d’utiliser cette même méthode pour sectoriser d’autres bassins versants au Brésil ? Pour répondre à cette question, on doit prendre en compte que la méthode construite au long de ce travail s’appuie sur quatre groupes de données : la définition des écorégions, les données de la dynamique hydro-sédimentaire, le profil en long et la distribution des puissances de chenal. Ainsi, pour qu’on puisse considérer la méthode comme transposable, il est nécessaire qu’au moins ces ensembles de données soient disponibles.

La définition des écorégions demande un inventaire détaillé des caractéristiques physiques et d’occupation du bassin versant en question. L’élaboration de cet inventaire est une étape relativement longue, mais elle est faisable dans la majorité des grands et moyens bassins versants brésiliens. Au Brésil, la végétation, les sols et les unités de relief sont tous cartographiés à l’échelle du 1/5 000 000ème, mais des documents à des échelles bien plus fines peuvent être disponibles pour certaines parties du territoire ; la géologie est cartographiée à l’échelle du 1/2 500 000ème, et certains états possèdent aussi des cartes au 1/750 000ème, 1/500 000ème et 1/250 000ème. En ce qui concerne le climat et les précipitations, le pays ne présente pas une cartographie climatologique très détaillée, mais il est doté d’un réseau de stations climatologiques et pluviométriques où les données peuvent être récupérées pour l’élaboration de cartes au niveau régional et parfois de détail. La majorité du territoire brésilien est aussi couverte par des cartes topographiques aux échelles 1/500 000ème, 1/250 000ème, 1/100 000ème et 1/50 000ème. Avec ces informations, il est possible de procéder à la délimitation d’écorégions à l’échelle du pays ou à l’échelle des douze grandes régions hydrographiques identifiées dans le Plan National de Ressources en Eau.

La caractérisation de la dynamique hydro-sédimentaire est une étape essentiellement statistique ; elle ne demande pas des connaissances statistiques lourdes, et elle peut être faite par des techniciens avec des connaissances statistiques de base. Par rapport aux données, le réseau hydrographique brésilien possède plus de neuf mille stations hydrométriques, et les données de la plupart de ces stations sont disponibles en ligne pour le téléchargement (même à l’étranger). Certaines stations présentent des problèmes dans la série de données, ce qui rend plus difficile le travail de détail, mais pour des travaux à l’échelle régionale le réseau, il est relativement aisé. La dynamique sédimentaire demande inévitablement la collecte d’échantillons sur le terrain et le traitement au laboratoire. Actuellement, plusieurs universités et centre de recherche ont des laboratoires capables de faire les analyses granulométriques nécessaires, de sorte que ceci n’empêche pas l’application de la méthode.

L’élaboration et l’analyse du profil en long sont relativement simples. Le profil en long peut être élaboré à partir des données altimétriques issues des cartes topographiques ou à partir des données altimétriques issues des images du projet SRTM. Ces images, qui recouvrent la majeure partie du globe terrestre, sont disponibles sur internet avec libre téléchargement et elles peuvent être utilisées pour des travaux à l’échelle régionale. Elles peuvent être utilisées aussi pour des travaux de détail, mais dans ce cas il est recommandable de comparer les données altimétriques des images avec quelques points de contrôle altimétriques sur le terrain, et si nécessaire de procéder à une calibration des images avant utilisation.

Le calcul des puissances demande des informations sur les débits de pleins bords, la pente et la largeur du lit mineur. Le débit de pleins bords peut être estimé à partir des séries hydrologiques, comme il a été fait dans ce travail ; la pente peut être déduite du profil en long élaboré précédemment ; la largeur du lit mineur peut être mesurée sur le terrain ou déduite des images satellitales de haute résolution. Le Brésil possède déjà les satellites CBERS, qui recouvrent pratiquement la totalité du territoire brésilien, et les images de moyenne résolution spatiale sont mises à disposition gratuitement pour téléchargement. En l’absence de données plus détaillées, ces images peuvent être un outil important pour aider à mieux connaître les caractéristiques des grands systèmes hydrographiques.

La méthode est donc passible d’applications dans la majeure partie des régions hydrographiques brésiliennes, et même dans quelques grands et moyens bassins versants. Mais une autre question se pose : à quelles échelles peut-on utiliser cette méthode ?

Comme la méthode proposée a été construite à partir des facteurs de contrôle qui gouvernent un bassin versant, on pense qu’elle est applicable tant à l’échelle régionale qu’à l’échelle locale, mais cette extrapolation dépend de la qualité et de l’échelle des données utilisées dans les premières étapes de la recherche. On peut appliquer cette méthode à la sectorisation des cours d’eau d’un petit sous-bassin versant dès lors que les données utilisées sont à une échelle fine; si on veut appliquer la méthode pour sectoriser les cours d’eau des grandes régions hydrographiques, on peut travailler sur des données un peu moins généralisées. La méthode proposée peut être aussi utilisée pour un travail à échelles emboîtées, en augmentant le niveau de détail au fur et à mesure qu’on travaille à des échelles plus fines.

Mais quelle serait la limite spatiale de la méthode ? Les travaux de sectorisation fluviale sont effectués à des échelles spatiales qui varient des grands bassins versants à l’échelle des éléments du chenal (l’échelle des seuils et mouilles, par exemple). La méthode proposée dans ce travail a été bâtie principalement sur les facteurs de contrôle du bassin versant. Ainsi, on propose que l’échelle du bassin versant soit une limite de prudence dans l’application de la méthode. Aller au-delà de cette limite et extrapoler la méthode à des échelles plus fines peut être extrêmement équivoque, car la dynamique fluviale à l’échelle des tronçons prend en compte d’autres facteurs de contrôle qui ne sont pas compris dans la méthode proposée.