A côté des auspicia urbana qui confèrent ses pouvoirs au magistrat, il existe d’autres types d’auspices à l’extérieur du pomerium et qui correspondent à la distinction que les Romains font du territoire (ager). Varron en donne le détail178 : ager romanus, gabinus, peregrinus, hosticus et incertus. L’ager romanus est le territoire qui entoure l’urbs dans un rayon de cinq à six milles. Comme l’urbs, le lieu a été libéré de toute présence religieuse préalable et défini par la parole (liberatus et effatus)179. A la différence de l’urbs toutefois, l’ager n’est pas inauguré. Il s’agit donc de deux zones concentriques qui ont des statuts religieux indépendants puisque deux types d’auspices leur correspondent180.
De même que le pomerium, la frontière de l’ager est l’objet d’attentions rituelles qui ont été bien étudiées. La cérémonie des ambarualia, parallèle à celle de l’amburbium, est une lustration effectuée le 29 mai le long des bornes de l’ager, dont on se dispense toutefois de faire le tour complet181. A cette occasion, un suovétaurile est offert à Mars. Ce sont les pontifes qui se chargent de l’exécution du rite182.
En outre, un certain nombre de sanctuaires des confins de l’ager marquent cette frontière. Le mieux documenté est certainement celui qui met en scène en mai les frères arvales autour du bois sacré de dea Dia au VIème mille de la via Campana 183, mais d’autres lieux de culte, entre le IVème et le VIème mille, sont le cadre de rites agraires ou guerriers (fig. 3) :
La présence de ces lieux de culte permet de restituer les frontières de l’antique ager romanus qu’on peut faire remonter à haute époque188. Cette vieille frontière garde de l’importance à l’époque impériale, puisque Auguste fait restaurer une partie des sanctuaires tombés en ruine pendant les guerres civiles et que tous les cultes sont confiés à des prêtres de rang sénatorial. Ces sites concernent donc le peuple romain dans son entier et celui-ci s’y rend en procession depuis le centre de Rome les jours de fête189. Ils sont là pour protéger le territoire, assurer sa prospérité et finalement exprimer l’emprise de la ville, à l’instar de ceux du monde grec.
Varron, De Lingua latina V, 33.
Cicéron, De legibus II, 21. Aulu-Gelle, NA XIII, 14, 1 et supra I, p. 20.
Catalano P., 1978, p. 494sq
Strabon, Géographie V, 3, 2.
Alföldy A., 1965, p. 296-399.
Scheid J., 2004, p. 189-191.
Ovide, Les Fastes II, 679-682. Alföldy A., 1965, p. 300.
Valère Maxime, I, 8, 4 ; Plutarque, Coriolan XXXVII, 4. Alföldy A., 1965, p. 300-301 et Egidi R., 2004, p. 272-273.
Ovide, Les Fastes IV, 901sq ; Pline l’ancien, HN XVIII, 69, 285,… Alföldy A., 1965, p. 301-302.
Tite-Live, XXII, 1, 12. Alföldy A., 1965, p. 302-303.
Lugli G., 1966, p. 641-650 et Alföldy A., 1962a, p. 187-213 qui met en lien cette frontière avec les antiques tribus agraires divisant le peuple romain.
Scheid J., 1987, p. 589 et 592-593.