Un auteur affreusement obscur

Duras est-elle un écrivain obscur ? Ce qualificatif lui a été pourtant donné par plusieurs lecteurs déçus dans leur attente de voir en Duras un écrivain qui se dévoile au fur et à mesure dans ses livres, qui réponde à leur soif de connaître et de comprendre. Comme Duras n’écrit que sur ce qu’elle aperçoit de la fenêtre de sa « chambre noire » et aux impulsions de l’ « ombre interne », notamment pendant cette période trouble de sa vie affective et politique, elle est mal jugée par une partie de la critique de l’époque qui lui applique la grille de l’herméneutique traditionnelle.

Quel est donc le profil de ce type de lecteur ? Tout d’abord, comme Sophie Bogaert le constate aussi dans l’introduction à son dossier de presse 1332 , il s’agirait d’un lecteur profondément attaché à une conception traditionnelle du personnage et de sa psychologie, qu’on rencontre dans la plupart des articles. L’absence de jalousie de Lol V. Stein à l’égard de sa rivale ou son obstination à nouer une relation amoureuse triangulaire intriguent la critique. Dans les articles écrits sur en 1966, presque tous s’interrogent sur les motifs des coups de feu du vice-consul. Dans les deux cas, l’explication la plus fréquemment avancée est celle de la « folie ». D’une part, cette explication est rassurante, comme le note Sophie Bogaert, puisqu’elle légitime l’incompréhension d’un lecteur « sain » face à des personnages déviants, « malades » 1333 . D’autre part, elle ne correspond pas au diagnostic durassien, car, évidemment, Duras la conteste lors de l’émission télévisée de Pierre Dumayet. En effet, Duras y dit que s’il y a folie, elle est « douce et négative à la fois, comme l’oubli » 1334 . Elle préfère le terme « anéantissement » ou « dé-personnalisation ». Ou bien elle nie complètement la folie dans l’entretien qu’elle a avec Tristan Renaud, en disant que Lol n’est pas folle. Justement « elle se conduit autrement. Lol ne vit que vis-à-vis d’autres personnes. Elle ne vit que par une autre personne. Dans ces conditions, on ne peut pas parler de folie proprement dite. Elle est une voyeuse. Quand elle est couchée dans le champ, derrière l’hôtel où se trouvent Tatiana et son amant, elle ne cherche pas à les voir. Elle dort. Elle dort dans l’ombre d’autres personnes. Son bonheur est là. Le monde le Lol V. Stein est un monde cohérent, qui devient cohérent. » 1335

Parallèlement, le lecteur avide de sens est agacé par la fin des romans durassiens de cette série littéraire. On n’y comprend rien. Fous ou non, le récit ne tranche pas, et paraît se complaire dans l’indécidable. Quant aux personnages, manifestement, « la lucidité n’est pas leur fort ». Pour Jacqueline Piatier comme pour d’autres, la démence de Lol ne fait pourtant pas de doute, et la narration « complique à plaisir ce qui est au fond une évidence » 1336 .

Les livres durassiens opéreraient ensuite le même brouillage à l’égard de situations somme toute banales, en refusant de les présenter à travers un déroulement chronologique, mais aussi géographique 1337 . Il faut pourtant préciser que cette imprécision géographique ou temporelle n’a pas toujours été perçue comme un motif de reproche. En effet, il y a des critiques qui ont apprécié ce talent durassien et qui ont trouvé que Le Vice-Consul, par exemple, avait été conçu de cette manière justement pour le « plaisir du lecteur » :

‘« Marguerite Duras apporte autant de soin à jouer de la fluidité du temps, des incertitudes de la géographie, des imprécisions propres à l’administration, à laisser dans l’ombre le caractère profond de ses personnages, à accumuler pour eux - et pour son lecteur - les questions sans réponse… » 1338

Ces aspects énumérés par ce critique définissent, à son avis, plutôt que l’œuvre de Robbe-Grillet ou de Sarraute, « le vrai nouveau roman contemporain. » 1339 , en soulignant ainsi l’originalité de l’œuvre durassienne et le renouveau qu’elle apporte dans la littérature française de l’époque.

Par ailleurs, l’absence d’intrigue linéaire continue de désarçonner, ou même d’éveiller une franche hostilité. Le Ravissement de Lol V. Stein représente à cet égard, il est vrai, une nette rupture par rapport aux précédents romans de Duras. Le dernier paru, L’Après-midi de Monsieur Andesmas, proposait une histoire aisément lisible, et le retour en arrière qui ponctuait le récit offraient au lecteur des repères familiers. On ne voit bien souvent dans les deux récits suivants qu’un « rien » 1340 exaspérant, des textes qui tournent à vide. Henry Bonnier déplore cette évolution de l’œuvre : ce qui était jusque-là un admirable « dépouillement » devient à partir du Ravissement de Lol V. Stein de l’ « indigence », et le roman un malheureux « balbutiement » 1341 . On multiplie les hypothèses pour reconstituer – en vain – le squelette de l’histoire du Vice-Consul, sans y trouver son compte de cohérence ni de péripéties.

Ce reproche est étonnant, écrit Sophie Bogaert, car les auteurs du « Nouveau Roman » ont, depuis quelques années déjà, accoutumé la critique à des jeux audacieux sur la construction du récit. Le problème ne réside pas tant ici dans une structure complexe à l’excès, qui mettrait le lecteur au défi d’en démêler les fils. Si nombre de critiques disent ne pas « comprendre » Le Ravissement ou Le Vice-Consul, c’est qu’il leur semble n’y avoir « rien » à comprendre. Le mystère de personnages impénétrables, aux motivations obscures, est redoublé par un style « à la limpidité trompeuse » 1342 , selon l’expression de Jean-Louis Bory. On retrouve ainsi dans les articles de journaux de l’époque le même vocabulaire du flou, de l’immatérialité, contre lesquels certains ne cachent pas leur agacement. Plusieurs titres expriment la perplexité d’un lecteur maintenu « dans le cirage » 1343  : « Marguerite Duras, génie ou rébus ? » 1344 , s’interroge Pierre Berthier, tandis que, pour Christine Armonthy, « le vice-consul […] garde son secret » 1345 .

Duras entre « la Piaf du Nouveau Roman » et le « conte de fées » de la Belle au boisdormant

On constate, à lire l’œuvre de Marguerite Duras, que l’écrivain a le génie des titres. Ce même talent est aussi à découvrir chez les critiques durassiens surtout dans les articles écrits au sujet du Ravissement de Lol V. Stein. Forts expressifs, les titres laissent lire, dès le premier coup d’œil du lecteur, l’agacement, l’ironie ou tout simplement le mépris de l’auteur. Le premier titre que nous avons retenu, appartenant à Pierre Demeron, « Duras, mais oui, c’est la Piaf du “Nouveau Roman” » 1346 , suivi de celui de l’article de Jacqueline Piatier, « Marguerite Duras à l’heure de Marienbad » 1347 situent Duras au cœur du débat et du dialogue engagé entre les critiques de l’époque vis-à-vis du rapport assez obscur de Duras au « Nouveau Roman ». En effet, ce rapport est prouvé par les uns et contesté par les autres. Ensuite, d’autres titres jouent sur la difficulté de compréhension des livres durassiens et sur l’absence d’intrigue. Tels sont : « Le plus mystérieux roman de Marguerite Duras » 1348 (auteur inconnu), « En savoir de moins en moins » 1349 (écrit par Matthieu Galey), « Une voie sans issue » 1350 (auteur inconnu), « 212 pages de trop » 1351 (écrit par Annette Colin-Simard) etc.

Quant au rapport que la critique établit entre l’œuvre de Duras et le « Nouveau Roman », on va noter qu’il y a une triple perspective d’analyse. Il y a des critiques qui rattachent Duras à cette nouvelle école littéraire, tout en appréciant et en en relevant les éléments communs. Il y en a d’autres qui constatent des ressemblances et, en raison d’un jugement négatif qu’ils portaient a priori sur « Le Nouveau Roman », ils critiquent cette tendance chez Duras. Enfin, il y a des articles où les critiques parlent de ce rapport pour l’invalider, puisque, dans leurs opinions, l’œuvre de Marguerite Duras est bien différente de celle des « nouveaux romanciers ».

D’où vient d’abord cette appellation d’« Edith Piaf du Nouveau Roman » ? C’est Robbe-Grillet qui l’invente, et c’est par rapport à la force qu’a le personnage de Lol V. Stein à émouvoir 1352 . D’ailleurs, Pierre Demeron laisse comprendre que ce n’est pas une nouveauté chez Duras. On parle de Hiroshima et de Moderato dans les mêmes termes. A part cela, ce qui rattache Duras au « Nouveau Roman » se résumerait à quelques caractéristiques dont Claude Mauriac parle dans un article du Figaro 1353 . Le Ravissement de Lol V. Stein est d’une simplicité trompeuse, le sujet est bizarre, compliqué, les phrases d’une extrême pureté, mais leur densité les obscurcit à mesure. Un rien de préciosité aussi, des recherches, mais qui importent peu, comparées à la gravité, à la nouveauté de l’ensemble. Claude Mauriac dit que ce qui retient chez cette femme-écrivain talentueuse et intelligente, n’est pas le sujet du livre, mais la manière dont elle raconte. C’est dans la banalité des phrases quotidiennes, leur interruption, leur reprise que réside l’essentiel et le plus beau du Ravissement de Lol V. Stein :

‘« Duras reste à la superficie des phrases, à la surface des visages. Mais, servie par son talent singulier, elle sait capter dans le miroitement vague des mots et l’indétermination des gestes les mystères remontés des profondeurs » 1354 . ’

A son tour, Henri Pevel voit au-delà de cette histoire « banale et triste » et dit que l’intrigue présentée par Duras ne dit absolument rien du roman. L’histoire n’a pas d’importance, puisque Marguerite Duras entraîne le lecteur ailleurs : « Vers la métaphysique pure ? Plutôt vers un domaine, qui est le sien, où règne un étrange climat, le domaine où les êtres sont absents au monde ». 1355 Duras sait à merveille « ouvrir les portes du rêve » 1356 , dit-il aussi à propos du Vice-Consul, ce qui est la preuve incontestable, à son avis, « d’un style “Nouveau Roman” ».

Par ailleurs, la lecture du Vice-Consul fait penser à La Maison de rendez-vous d’Alain Robbe-Grillet paru le 1er octobre 1965, à trois mois d’écart du livre durassien qui paraît en janvier 1966. C’est du moins ce qu’écrit André Miquel dans un article de Beaux-Arts 1357 . Il existerait en effet des analogies entre ces deux livres. Les lieux où se déroulent les actions sont en Asie : en Indochine et à Calcutta pour Le Vice-Consul, à Hong Kong pour La Maison de rendez-vous. Une conscience narratrice (avec les incertitudes et les interrogations propres au Nouveau Roman ; ce témoin est loin d’être omniscient comme dans le roman traditionnel ; il intervient comme par hasard, et suppute, imagine, avance rarement une affirmation) ; beaucoup de scènes se passent en des salons où l’on boit et où l’on danse ; et l’ambassadrice de France à Calcutta, Anne-Marie Stretter, se ressemblerait bien à Lady Ava de La Maison de rendez-vous, dans la vision de ce critique. En outre, de la plupart des personnages de Marguerite Duras on ne connaît que les gestes et les attitudes extérieures, quelques-unes de leurs composantes psychiques, mais réduites à l’état de schèmes, figures ambiguës dont se servent les deux romanciers. A part Anne-Marie Stretter, qui a une certaine présence, une certaine personnalité et le vice-consul qui intrigue par « une façon de creux ou d’absence », les autres héros demeurent dans le vague ou se présentent comme des symboles, telle la mendiante 1358 .

A l’autre pôle se retrouvent ceux qui contestent la valeur des livres durassiens de cette série littéraire en les rapportant au « Nouveau Roman ». Jacqueline Piatier n’hésite pas à juger Le Ravissement artificiel et forcé. 1359 Quelle a été ici l’intention de Marguerite Duras ? se demande la critique. Peindre une névrose ou saisir dans un cas poussé à la limite le ressort de la souffrance d’amour féminine ? Trahie, abandonnée pour une autre, la femme dépossédée de son bonheur chercherait à « voir » les ébats du couple qui la torture, seul moyen pour elle de ne pas se sentir exclue et privée de son être. Piatier voit dans ce livre durassien une manière de Belle au bois dormant. Le prince charmant, elle le rencontre au hasard de ses déambulations quotidiennes dans sa ville natale. Elle le suit ; elle découvre qu’il est l’amant d’une de ses amies d’enfance. « C’est un conte de fées moderne où l’enchantement ne prend jamais fin ». 1360

Névrose, fascination, obsession d’un passé traumatisant tous ces thèmes font penser au Marienbad de Robbe-Grillet. Cette ville incertaine, dépaysante, ces noms aux consonances étrangères et pourtant indéfinies, ces dialogues, où les interrogations égarées abondent, le meurtre psychique de Lol ne forment qu’un labyrinthe. Ce qui manquerait dans ce livre, c’est la mise en œuvre de la fascination. Dix ans plus tard, dans Les Parleuses, elle dit à Xavière Gauthier que cet article est « le pire » qui ait été écrit sur son roman. 1361 Piatier dit que Duras tomberait vite dans son propre univers de Moderato Cantabile. L’écrivain ressentira encore longtemps l’amertume des mots écrits par Piatier :

‘« Comme elle est loin de Colette, de sa santé, de son équilibre, de sa lucidité, de son goût de la vie, des êtres, de la nature ! Il y a quelque chose de morbide, peut-être bien de traumatisé, en elle. C’est en le traduisant avec ses mots ténus, sans éclat, ses phrases indécises, son langage balbutié, qu’elle nous livre sa note la plus juste et la plus authentique. Un air de romance ? Un lied romantique ? C’est selon que la chance la favorise. Elle n’est pas faite pour nous conduire plus loin. » 1362

Devant les livres durassiens on ne peut « que réagir comme on fait devant une toile excessivement abstraite », lit-on dans Libre Belgique 1363 a propos du Ravissement de Lol V. Stein. On veut en fait dire que Duras fait des signes au « Nouveau Roman ». L’auteur de cet article dit que « c’est très beau, qu’il y a quelque chose, mais que, ne trouvant ni porte ni fenêtre par où entrer, il renonce à rien dire du contenu ». 1364 Autrement dit, Duras n’écrit que pour des « lecteurs éclairés », comme plusieurs articles le lui reprochent d’ailleurs, ou bien, pour des « lecteurs formés », ainsi appelés par Lucien Guissard dans un article sur Le Vice-Consul. 1365

Moins indulgent et visiblement acharné contre les « diables » 1366 du « Nouveau Roman » et, bien sûr, contre Duras, s’avère P.-L. Borel. En effet, curieux de voir si Le Ravissement de Lol V. Stein est vraiment un chef-d’œuvre, il y pénètre enthousiasmé et en sort consterné : pour ce qui est de la forme, rien de séduisant. Elle laisse voir « à nu le fond, un fond terriblement sec, terriblement vide, terriblement noir, une désolation, une froideur, une absence réellement infernale ». 1367 Il ne voit dans ce livre que le reflet de ce « pourrissement si caractéristique d’une certaine mentalité d’aujourd’hui, d’une attitude forcée, artificielle, arbitrairement construite par les esprits les plus en vue de notre temps : Sartre, Camus, Malraux, Montherlant, Butor, Robbe-Grillet » qui, « s’ils ne nous apportent rien - rien de positif - au moins ils ne feignent pas de nous donner de fausses nourritures. » 1368

Bien plus, André Ducasse se révolte contre un effet de mode de l’époque selon lequel « à l’âge du twist, de Freud et du whisky, avouer qu’on apprécie peu un livre de Marguerite Duras, c’est proclamer son crétinisme ». Il ne craint pas cette étiquette, et, avec encore « quelques crétins », comme Marcel Aymé ou Roger Ikor, préfèrent tous l’ « intelligence à la démence, la lucidité à l’éthylisme, la maîtrise de soi au ravissement pathologique ». 1369

Enfin, un important nombre d’articles sont écrits pour défendre un point de vue différent : Duras n’écrit pas comme les « nouveaux romanciers », quoiqu’elle soit rattachée par les uns, dont Lucien Guissard, à la « nouvelle vague ». 1370 On apporte des arguments pour montrer l’originalité de Duras et on présente les différences entre elle et les écrivains de son temps. Le plus motivé dans cette démarche semble François Nourissier, qui, après avoir salué les triomphes durassiens au théâtre et au cinéma, place Duras au premier rang des auteurs dramatiques français de l’époque. Ensuite, il passe directement au sujet des comparaisons faites par la critique entre Le Vice-Consul et La Maison de rendez-vous de Robbe-Grillet. Il considère ce parallèle d’un effet facile et douteux, d’autant plus que « le Nouveau Roman » représente un « mythe exténué » 1371  :

‘« Comment comparer sérieusement l’univers métallique, anguleux, laqué et les innombrables jeux de miroirs d’Alain Robbe-Grillet, avec ce lent récit auquel s’abandonne Mme Duras, tout en méandres, en touffeurs, en phrases savantes mais comme à bout de souffle ? Comment assimiler la machinerie minutieuse de Robbe-Grillet avec ce long “roman de suspension” (comme on dit des “points de suspension”) que Marguerite Duras, par quelque miracle du talent, parvient à rendre non seulement lisible, mais envoûtant ? » 1372

Nourissier rejoint dans ses propos Gilles Marcotte qui met en évidence le fait que Duras est près proche du monde dans Le Vice-Consul. En effet, à la différence de Robbe-Grillet, qui construit dans le pur imaginaire, ou de Sarraute qui scrute l’infinitésimal de la conscience, Duras, inspirée par le réel vécu, « se met à l’écoute du monde » en elle-même, s’avère sensible à la souffrance et « s’ouvre à l’expérience intérieure et à la perception du politique au sens le plus large de ce mot » 1373 . En cela, Duras marquerait ses distances par rapport au plus grand nombre des « nouveaux romanciers ». D’ailleurs, Le Vice-Consul n’est pas un roman engagé, au sens que l’on donnait à ce mot en parlant de Sartre, mais c’est un roman facilement situable du point de vue géographique et historique. L’Inde dont parle l’auteur est l’Inde des journaux, de l’actualité, en même temps que la provocation et le lieu d’une expérience personnelle intérieure.

Parallèlement, on dit que la meilleure preuve que Duras ne peut pas être rattachée au « Nouveau Roman » serait, comme l’écrit Lucien Guissard, le début du Vice-Consul. A peine l’a-t-on ouvert que l’on se sent sur un terrain plus familier que dans les compositions « abstraites » du « Nouveau Roman ». Cela ne veut pas dire, dit Guissard, que l’on retrouve toutes les facilités traditionnelles. Mais Duras possèderait l’art achevé, presque hallucinant, qui consiste justement à prolonger les bavardages sans jamais laisser entrevoir une révélation. Rien ne transparaît de la personnalité des personnages, ni du vice-consul, ni d’Anne-Marie Stretter, ni de la mendiante. « Quand une bribe de renseignement affleure, c’est à nouveau l’énigme qui ne fait que reculer. » En affirmant cela, l’on se demande pourtant si Guissard ne rejoint plutôt l’avis de ceux qui trouvent Duras ambiguë, et qui la rattachent au « Nouveau Roman ». Pourtant ce critique ne se prononce pas sur une séparation nette de l’écrivain de la « nouvelle vague », il laisse une réserve à son jugement en affirmant que chez Duras les « choses sont mélangées ». 1374

Quoiqu’il en soit, Duras ne s’est jamais déclarée une « nouvelle romancière ». Bien plus, elle ne reconnaît pas cette institution littéraire, raison pour laquelle elle ne se présente pas au Colloque de Cerisy-la-Salle de 1971, lorsqu’on a décidé des écrivains qui « mériteraient » d’être nommés officiellement en tête de l’école. La raison pour laquelle elle ne s’y rend pas, c’est parce qu’elle se méfie des a priori théoriques qui empêchent l'écrivain à l'œuvre de se découvrir lui-même. Marguerite Duras se serait, aux yeux de Jean Ricardou, exclue elle-même de la " pléiade " 1375 .

Notes
1332.

Sophie Bogaert, op. cit., p. 16

1333.

Ibid.

1334.

Dits à la télévision, entretien avec Pierre Dumayet, Paris, Editions E.P.E.L., coll. Atelier, 1999, pp. 16-17

1335.

Les Lettres françaises, 30 avril-6 mai 1964, Tristan Renaud

1336.

Le Monde, 25 avril 1964

1337.

L’imprécision géographique du Ravissement ainsi que du Vice-Consul est aussi source d’étonnement, d’agacement ou de confusion : telle est de la nationalité de la mendiante alternativement considérée comme cambodgienne, vietnamienne, indienne…

1338.

La Montagne, 8 février 1966, M. E.

1339.

Ibid.

1340.

A la page, mai 1966

1341.

Le Provençal, 20 février 1966

1342.

Le Nouvel Observateur, 16 février 1966

1343.

La Gazette de Lausanne, 13-14 juin 1966

1344.

La Cité, 9 juin 1964

1345.

Le Parisien, 8 février 1966

1346.

Candide, 8-15 avril 1964, Pierre Demeron

1347.

Le Monde, 25 avril 1964, Jacqueline Piatier

1348.

La Tribune de Lausanne, 5 avril 1964

1349.

Arts, 15-21 avril 1964, Matthieu Galey

1350.

Aux écoutes, 24 avril 1964

1351.

Le Journal du dimanche, 30 janvier 1966, Annette Colin-Simard

1352.

Cf. Pierre Demeron, « Duras, mais oui, c’est la Piaf du “ Nouveau Roman ” », Candide, 8-15 avril 1964

1353.

Le Figaro, 29 avril 1964, Claude Mauriac

1354.

Ibid.

1355.

Henri Pevel, « Une histoire d’amour écrite avec des mots nouveaux », L’Ecole libératrice, 12 juin 1964

1356.

Henri Pevel, « Un certain style de roman », L’Ecole libératrice, 12 juin 1966

1357.

André Miquel, Beaux-Arts, 3 février 1966

1358.

Cf. André Miquel, op. cit.

1359.

Jacqueline Piatier, « Marguerite Duras à l’heure de Marienbad », Le Monde, 25 avril 1964

1360.

Ibid.

1361.

Cf. Sophie Bogaert, op. cit., p. 22

1362.

Ibid.

1363.

Libre Belgique, 8 mai 1964

1364.

Ibid.

1365.

La Croix, 28 janvier 1966, Lucien Guissard

1366.

Feuille d’avis de Neuchâtel, 12 mai 1964

1367.

Ibid.

1368.

Ibid.

1369.

Le Provençal, 17 mai 1964, André Ducasse

1370.

La Croix, 28 janvier 1966, Lucien Guissard

1371.

Les Nouvelles Littéraires, 27 janvier 1966, François Nourissier

1372.

Ibid.

1373.

La Presse, 19 mars 1966, Gilles Macotte

1374.

La Croix, 28 janvier 1966, Lucien Guissard

1375.

Cf. Encyclopædia Universalis France, 1995