Le personnage de l’écrivain

Les caricaturistes ont aussi exercé leur talent dans des portraits à charge de l’écrivain. Quels sont les traits physiques durassiens les plus exploités dans les caricatures ? Il faut peut-être dire que Duras est la première à dresser sa propre caricature dans L’Amant, lorsqu’elle parle, dans l’incipit du livre, de son visage lacéré par les rides. A part ce trait physique, d’autres ont attiré l’attention des artistes, à savoir : les bijoux, le col roulé, les lunettes, les cheveux courts. Ces caricatures, réalisées toutes après la mort de l’écrivain, tournent le plus souvent en grotesque.

Après la mort de Duras, qu’est-ce qui reste ? Des hommages, des sourires, une œuvre qui est « la vivante incarnation de son écriture, laquelle du moins reste impérissable. » 1779 Il nous reste encore son image à lire à travers ses livres ou à déchiffrer dans les caricatures. Que peut-on lire sur Duras dans ce sixième portrait à charge 1780 datant de l’année de la mort de l’écrivain ? On y voit la représentation caricaturale de l’écrivain transformé en « monstre sacré », comme dérangé dans son sommeil. Quelques indices disent qu’il s’agit de Duras : les grosses lunettes, qui cachent un regard discrètement jeté sur le monde par celle qui croit le monde à ses pieds, et les bijoux, signe de richesse, de snobisme et de royauté : Duras est « la reine Margot  impériale et perturbante, insupportable et envoûtante. Assise sur le trépied de son inspiration, elle nous choque, nous divise, nous perturbe, nous réveille, nous accule à nous définir nous-mêmes, menée par une œuvre et malmenée par son époque » 1781 , comme la caractérise Jacques-Pierre Amette.

La septième caricature 1782 est le fruit de la rencontre d’un internaute anonyme avec Duras, sur Internet. On ne sait pas si le dessin est réalisé par cette personne, mais l’on peut dire que le réalisateur est un bon connaisseur de l’écrivain. Visage serein, air tranquille et silencieux, regard doux d’éternelle amoureuse, tous les ingrédients sont réunis pour représenter Duras. Regard lointain et vide, visage lacéré par les rides, col roulé soutenant le poids de la tête ornée de grosses lunettes…Rien de plus beau, rien de plus expressif.

Aimée et adulée par les uns, provocatrice et impudique, Duras est détestée par les autres. Il n’y a pas que les parodies pour se venger d’elle, il y a aussi la caricature, comme cet huitième dessin 1783 réalisé par un artiste « agacé et dérangé », paraît-il, par cet écrivain trop orgueilleux auquel Caroline Champetier dédie une émission hommage en 1996, après la mort de Duras 1784 . Toujours les mêmes lunettes, la même fumée de cigarette, les mêmes yeux délavés sur un visage exagérément gonflé. Engoncée dans son éternel col roulé, Marguerite Duras a l’air toute petite. C’est une apparence. Sa force réside dans son écriture. Une écriture, qui « vieillira, mais ne passera pas », comme l’écrit François Nourissier, quelques jours après la mort de l’écrivain. 1785

Notes
1779.

« Les trois vies de Marguerite Duras » par Giovanni Bogliolo, Supplément à Courrier international, n° 281 du 21 au 27 mars 1996

1780.

Dessin de Loredano paru dans El Pais, Madrid, repris par Supplément à Courrier international, n° 281 du 21 au 27 mars 1996

1781.

« Duras la reine Margot » par Jacques-Pierre Amette, Le Point, n° 1008 du 11 janvier 1992

1782.

Caricature postée sur Internet le 14 novembre 2006, sur le site en ligne http://lergastule.canalblog.com/archives/caricatures/p30-0.html , consulté le 15 mai 2007 Cette caricature nous rappelle ce que Alain Robbe-Grillet dit en 2000 sur Duras : « Au départ, c’était une femme drôle, vive, chaleureuse. Sur le tard, elle est devenue ce personnage gonflé d’orgueil qu’on a souvent décrit. Tout écrivain normal doit être persuadé qu’il est le plus grand. Marguerite Duras n’échappait pas à la règle ; simplement, il lui était impossible d’imaginer que d’autres écrivains qu’elle l’étaient également… » Cf. « Robbe-Grillet célèbre inconnu » par Irène Frain, Lire, juillet-août 2000

1783.

Le Figaro, 18 septembre 1996

1784.

« Duras : écrire, dit-elle » par Nathalie Simon, Le Figaro, 18 septembre 1996, sur l’émission « Un siècle d’écrivains », de Caroline Champetier sur France 3, 18 septembre 1996

1785.

François Nourissier est repris par Nathalie Simon, dans op. cit.