2.2.1 Le Document : essai de définition

Étymologiquement, le mot « document » vient du latin «documentum» qui lui même vient du verbe «docere» qui signifie enseigner, et que l’on traduit par : «exemple», «enseignement», «démonstration»211. Le dictionnaire « Grand Larousse de la Langue Française 2004 », définit le document ainsi : «écrit ou objet servant l’information, de témoignage ou de preuve»212.

En 1965, Chaumier Jacques, citait dans son article «la bibliothèque numérique et l’entreprise», licklider J.C, chercheur au M.I.T qui écrivait dans son ouvrage «(Library of the future » : « Actuellement, pour qu’il y’ait transfert de la mémoire ou du stock au lecteur ou usager, il faut déplacer le livre ou le lecteur ou les deux. L’un des processus futurs sera de supprimer cela, l’information seule se déplaçant »213. Quarante années plus tard, grâce aux différents moyens de reproduction de l’écrit, l’homme a étendu son pouvoir de copier et de transmettre les savoirs. L’évolution des supports de communication ont induit une nouvelle définition du document, que l’organisation internationale de la normalisation traduit ainsi : «Un « Document » est un ensemble formé par un support et une information, généralement enregistrés de façon permanente et tel qu’il puisse être lu par l’homme ou la machine»214.

Jean Meyriat, et Robert Estivals, introduisent une nouvelle conception du document, induite par l’évolution des supports, pour eux : « un document, c’est « toute connaissance mémorisée, stockée sur un support, fixée par l’écriture ou inscrite par un moyen mécanique, physique, chimique, électronique, constitue un document » 215 .

Abordant le sujet dans le même sens, Moles Abraham, définit le document comme « une conserve communicationnelle »216 . Quant à Lainé-Gruzel Sylvie, pour elle, le document renvoi à la notion d’échange : « une unité d’information, complexe et partageable »217. Les notions de stockage, conservation, communication et support de l’information liées au document sont largement mises en évidence par les différents auteurs.

A propos du document numérique, Le Crosnier Hervé218, constate que « Le numérique renouvelle à la fois : la forme du document, et les métiers chargés de les collationner (regrouper, décrire et mémoriser socialement) comme ceux des bibliothèques ; le sens du document, duquel une palanquée de modèles et systèmes techniques vont essayer d’extraire les mots-clés et d’organiser la classification, afin de nourrir les moteurs de recherche, les bases de connaissance et leur « management » et de rendre de la sémantique à un Web aux ramifications protéiformes, la relation qui se tisse autour du document ou bien dont le document est la trace, relation qui avec le numérique se voit soumise à l’économie de l’attention propre aux médias de flux. »

Dans sa fonction d’aide à l’action, à la décision : le document est une mémoire qu’une personne interroge en suivant son programme de travail pour répondre à un besoin. C’est l’ »en soi ». C’est la lecture documentaire, objective utilitaire219.

Le document étant le principal support de communication des connaissances. Il faut rénover les fondements et les modalités de la production et du transfert de l’information qu’il véhicule dans le secteur agricole en Algérie, pour que le document puisse remplir les fonctions définies par les différents auteurs cités. Les différents types de documents produits doivent être appréhendés du point de vue du contenu et contenant, du but de chaque type de publication dans le champ des savoirs scientifiques et techniques et de leur transmission. Pour cela, il est indispensable de prendre conscience des fonctions informatives et persuasives de la rédaction (rédaction de vulgarisation), et de s’adapter aux besoins et attentes de l’agriculteur. Comme nous le rappelle à juste titre, Laszlo Pierre, « la production du document de vulgarisation scientifique, ne se résume pas à une simplification des informations scientifiques. En réalité, le vulgarisateur transpose un « savoir savant » dans un mode d’expression compréhensible pour le grand public. Le travail du vulgarisateur consiste à recontextualiser des problématiques scientifiques en associant ces informations à un contexte cognitif, esthétique et affectif, connu du public. Le vulgarisateur peut être le producteur de connaissances ou un médiateur extérieur »220.

Le développement de la technique a remodelé l’accès à la connaissance. En effet, la numérisation progressive des documents entraîne un changement qualitatif de la perception des créations… au sens de : « l’ensemble de l’environnement construit que l’homme se crée sous la forme de moyens d’actions sur le monde extérieur : y entrent les outils, les machines, les formes et fonctions des objets…ainsi que les outils de la pensée »221 .

D’où l’importance de développer des compétences communicationnelles nécessaires pour transmettre par l’écrit, le graphique ou l’oral pour la diffusion des savoirs scientifiques et techniques issues de la recherche. Des normes déterminant les caractéristiques d’un document sont régulièrement produites afin d’assurer une meilleure appropriation du public auquel ils sont destinés, elles définissent à la fois le contenu et le contenant. Benoit Denis et ses collaborateurs se sont intéressés au contenu et contenant du document en mettent en relief les rapports entre l’écrit, la typographie, les images… pour eux « La lisibilité d’un document, ainsi que sa signification dépendent aussi de sa maquette : de la façon dont il est organisé dans l’espace, de la façon dont il est présenté qui le compose. Un document se lit, s’interprète aussi, comme forme de communication, à la lumière de cette organisation pour laquelle on dispose de quatre types d’outils, d’analyse et de réflexion, qui sont :222

  • La connaissance des « modes » et de normes de présentation d’un document visuel ;
  • L’analyse de la typographie et de la mise en page (écrits plus la conception des écrans) ;
  • L’analyse de l’interprétation du texte et de l’image ;
  • Concernant l’audio-visuel, l’analyse de l’image, telle qu’elle, présente en même temps sur l’écran, plusieurs éléments de signification.

La stratégie d’élaboration du contenu dépend des buts et objectifs assignés. Produire un contenu en fonction des effets que l’on souhaite produire nécessite donc d’en vérifier la pertinence et l’impact. Seule l’analyse des documents produits pourrait le permettre. Dans la formulation des messages, Khiati Mohamed, précise qu’il est important de :

  • « Elaborer le contenu en tenant compte des informations strictement indispensables pour atteindre l’objectif ;
  • Choisir l’itinéraire de présentation des informations dans un ordre qui facilite la compréhension. Cet ordre n’est pas toujours l’ordre logique classique ;
  • Présenter les informations en petites unités pour respecter la capacité d’assimilation des récepteurs
  • Passer d’une information à la suivante seulement si la première a été assimilée et bien comprise ;
  • Utiliser un langage clair et approprié, en évitant les périphrases et les mots poly sémantiques susceptibles d’être interprétés différemment. Une abondance de mots purement technique pour des non-initiés constitue un facteur certain de brouillage et de mauvaise compréhension »223.

Pour Meyriat Jean, « les exigences de l’expression écrite restent fondamentalement les mêmes, quel que soit le moyen d’expression choisi, d’ou l’intérêt d’une approche pluridisciplinaire pour la création du texte, (linguistes, graphistes, psychologues, médiateur de l’information, informaticien…)»224.

Les méthodes d’accroche jouent un rôle important pour la présentation des documents de vulgarisation. La transcription sur un support suppose le choix du support, quelle utilisation de l’image ? Quelles couleurs ? Quelle intensité sonore ; autant de critères nécessaires au document pour qu’il soit un support de communication adaptée à l’usager auquel il est destiné.

Notes
211.

Introduction aux sciences de l'information et de la communication : manuel. Paris, les Ed. D’organisation, 1995, p. 293.

212.

Dictionnaire Grand Larousse de langue française 2004, p. 375.

213.

Chaumier Jacques. La bibliothèque numérique et l’entreprise. (Page consultée le 24/03/2005).

dresse URL : http://www.defidoc.com/defidoc2pdf.php?file=internet_intranet/BibliNum .

214.

Introduction aux sciences de l'information et de la communication : manuel. Paris, les Ed. D’organisation, 1995, p.294.

215.

Meyriat Jean, Introduction aux sciences de l'information et de la communication : manuel. Paris, les Ed. D’organisation, 1995, p. 293.

Dictionnaire Grand Larousse de langue française 2004, p. 375.

Chaumier Jacques. La bibliothèque numérique et l’entreprise. (Page consultée le 24/03/2005).

dresse URL : http://www.defidoc.com/defidoc2pdf.php?file=internet_intranet/BibliNum .

Introduction aux sciences de l'information et de la communication : manuel. Paris, les Ed. D’organisation, 1995, p.294. Estivals Robert. La dialectique de l’écrit et du document. Schéma et schématisation, n°14, 2e trim. 1981, p. 293.

216.

Moles Abraham. Théorie structurale de la communication et société. Paris, Masson, 1988, p.44.

217.

Gruzel-Lainé Sylvie. Différentes définitions du terme « document ». (Page consultée le 1/03/2005).

dresse URL : http://rtp-doc.enssib.fr/IMG/pdf/definitions_document.pdf .

218.

Le Crosnier Hervé. SMSI - 100. Une initiative de parole proposée. (Page consultée le 23/03/2005).

dresse URL. : http://vecam.org/rubrique.php3?id_rubrique=75

219.

Introduction aux sciences de l'information et de la communication : manuel. Paris, les Ed. D’Organisation, 1995, p. 295.

220.

Introduction aux sciences de l'information et de la communication : manuel. Paris, les Ed. D’organisation, 1995, p. 174.

221.

Introduction aux sciences de l'information et de la communication : manuel. Paris, les Ed. D’organisation, 1995, p. 294

222.

Introduction aux sciences de l'information et de la communication : manuel. Paris, les Ed. D’organisation, 1995, p. 174

223.

Khiati Mohamed. De la communication en général et de la vulgarisation agricole en particulier. Alger, Ed. Intérimages, 2003, pp. 26-27

224.

Introduction aux sciences de l'information et de la communication : manuel. Paris, les Ed. D’organisation, 1995, p. 221.