2.2.4 Les moyens d’accès à l’information

2.2.4.1 Les documents audio-visuels

Conscients de l’importance des mass médias comme moyen efficace pour faire connaître les nouvelles technologies et toucher un nombre important d’agriculteurs, les pouvoirs publics ont mis en œuvre tout un programme de développement du secteur de l’audiovisuel, ces efforts concernent notamment, l’amélioration de la couverture du territoire national par la télévision nationale et la radio. Cependant le développement de programmes adaptés demeure encore le point faible

Parmi les moyens audio-visuels, la télévision est un atout moderne de communication. Utilisant à la fois le son, l’image en mouvement et, au besoin, le texte écrit, elle est un puissant moyen de sensibilisation, d’information, d’éducation, de loisirs (dont l’impact est supérieur à celui de la radio). Ce statut est du à l’intérêt manifeste du public et des autorités politiques pour la communication audio-visuelle. C’est un puissant support de relance économique, sociale et culturelle. Le champ audiovisuel algérien est constitué de l’ENTV (entreprise nationale de télévision), l’ENRS (Entreprise nationale de radiodiffusion sonore), l’ENTDA (Entreprise Nationale de Télédiffusion Algérienne) et enfin l’ENPA (Entreprise Nationale de Télédiffusion Algérienne), la circulaire relative à la vulgarisation agricole confère un rôle important aux médias de masse « leur concours sera orienté vers les actions suivantes : rappels des travaux agricoles de saison, flashs de courte durée à la télévision, conseils aux agriculteurs, documentaires à caractère spécialisé, émissions de sensibilisation pour attirer les jeunes vers les carrières agricoles et les études agronomiques»244. A priori, pour que la télévision puisse bénéficier de ce statut, il faut que les programmes télévisés soient crédibles, afin de permettre l’adhésion de l’agriculteur. Or, concernant par exemple les émissions agricoles, leur passage à la télévision doit déclencher en principe des discussions autour du sujet traité de la part des agriculteurs ou des demandes d’information. Qu’en est-il des émissions agricoles présentées par la télévision algérienne ? L’enquête par questionnaire sur les besoins et usages informationnels des agriculteurs, nous éclairera sur le sujet.

En dehors du critère de qualité des émissions présentées, le nombre d’émissions, de messages et spots diffusés est largement en dessous des besoins réels des agriculteurs, qui pour rappel, est leur support privilégié d’accès à l’information. Pendant que les pays développés se questionnent sur la suppression de certaines émissions spécialisées devant l’abondance de l’offre dans ces domaines, les agriculteurs algériens sont confrontés au problème de manque flagrant de sources d’information variées. En Algérie,pour répondre à l’attente des téléspectateurs du monde rural, il convient de développer un programme de vulgarisation télévisé avec un choix de thèmes qui correspond aux préoccupations des agriculteurs.Il serait intéressant de diffuser un programme d’appui aux campagnes agricoles en transmettant des messages à la portée des agriculteurs sous forme de :

  • Séances de vulgarisation relatives à des opérations techniques, spécifiques (5 à 10 minutes) ;
  • Spots, notamment pour la diffusion à grande échelle en temps opportun et avec des illustrations vivantes : des avertissements agricoles, des actions préventives pour la sauvegarde du cheptel, ou durant les campagnes de traitement phytosanitaires diverses.

Alors qu’actuellement, la couverture médiatique par la télévision nationale en agriculture se limite généralement à rendre compte des activités des institutions de l’état où organisations professionnelles, qu’a être un véritable moyen d’information des agriculteurs. Signalons une émission consacrée à l’agriculture «la Terre et le fellah» ; c’est une émission hebdomadaire, où sont présentés différents reportages à travers les régions du pays sur des thèmes diversifiés. Cette émission de 60 minutes a duré vingt ans, aujourd’hui, elle s’intitule «Horizons économiques sur le monde agricole». Des modifications sont intervenues dans le contenu, avec un intérêt particulier pour les nouvelles techniques agricoles. Les thèmes présentés se déclinent en 4 axes :

  • Synthèse des informations du secteur agricole ;
  • Reportage sur les activités agricoles ;
  • Reportage sur les nouvelles techniques ;
  • Réponses aux courriers des agriculteurs.

Cependant, ce média gagnerait en efficacité, si dans les émissions à caractère agricole, les animateurs invitent des agriculteurs qui pourront présenter des expériences concrètes, elle doit permettre ainsi la jonction entre les données précises théoriques (des spécialistes dans les domaines agro-alimentaires sont généralement invités, chercheur, vulgarisateur) et les expériences vécues par les agriculteurs. Notre enquête relève un nombre important d’agriculteurs qui suivent les émissions en agriculture présentées par la télévision, cependant, le transfert des technologies proposées vers l’exploitation agricole reste insignifiant, ce qui suppose qu’un travail de médiation particulier.

  • Dans la catégorie des supports audio-visuels, la radio est un média universellement répandu, elle peut se concevoir de deux façons différentes : interactive ou non. L’approche non active est la plus répandue. Les messages sont diffusés dans un seul sens par un émetteur vers les auditeurs. L’émetteur n’est informé de l’impact de ses émissions que par les sondages. L’avantage de la radio réside dans la production d’émissions qui reviennent moins chères que les émissions de télévision. Les stations de radio locales sont des instruments privilégiés de communication d’informations locales. Certaines radios rurales ont démontré la possibilité d’interactions vivantes avec les auditeurs. Il y’a alors un mixage de l’utilisation de la radiodiffusion et de la communication orale directe avec un groupe. Avec ses capacités de diffusion géographiques plus étendues et de durée beaucoup plus longue. La radio peut diffuser auprès des auditeurs du monde rural un programme de vulgarisation. Ce programme doit être conçu en fonction des préoccupations des agriculteurs et diffusé durant leurs heures d’écoute favorites.

Des expériences dans certains pays africains, comme le Ghana, la Cote d’Ivoire ont initié des « forums radiophoniques ». Ces forums fonctionnent avec des groupes d’écoute paysans constitués dans toutes les régions du pays par le système de vulgarisation qui incitent également les agriculteurs à écouter les émissions portant sur les nouvelles techniques et méthodes agricoles. Les résultats d’une enquête réalisée par Samuel Abbey-Mensah245 au Ghana ont montré comment les programmes ruraux ont encouragé les agriculteurs à introduire de nouvelles méthodes de travail et à se former aux techniques agricoles modernes. Un des éléments essentiels de ces émissions c’est qu’elles sont diffusées dans les langues et les dialectes en usage dans ces régions. Dans le même contexte, Hilliard Robert L.246, révèle « que les équipes de radio rurale de certains pays ne se contentent pas de produire et de diffuser des programmes spécifiques pour les agriculteurs, mais elles se déplacent également sur le terrain pour s’assurer que ce qui a été entendu à l’antenne est mis en pratique et pour en évaluer l’impact ». Ces émissions restreignent la participation des agriculteurs pourtant directement impliqués dans le développement agricole à la consommation des informations présentés par les spécialistes, cela constitue un inconvénient majeur.

En Algérie, les radios régionales peuvent aider à l’émergence de radios rurales. Le réseau de la radio couvre 22 wilayats en Algérie. Le programme de vulgarisation se présente sous forme de flashs radio diffusés tous les jours à 7h30 sur les chaînes 1 et 2. La radio est un média adapté au transfert de nouvelles techniques, mais présente des limites dans la diffusion de connaissances détaillées. Dans les villages sans électricité ni téléphone, où l’on n’a pas accès à Internet, les liens par satellite peuvent permettre d’accéder aux données multimédia. Sur le plan social, il sera possible de profiter du caractère interactif de la radio pour résorber le déficit social que connaît notre pays dans le domaine de l’alphabétisation. La lutte contre l’analphabétisme pourra s’appuyer sur ce média. Hilliard, Robert L.247, souligne que : « dans les zones intérieures, la radio doit être un support d’information pour abolir les distances et résoudre les problèmes liés à l’isolement. Elle pourrait être un moyen de satisfaire les besoins des agriculteurs sur tout événement susceptible d’intéresser les agriculteurs, et même pour des problèmes pouvant advenir dans une exploitation donnée et qui appellent une action urgente ».

La vidéo : Ce matériel est composé d’un magnétoscope et d’un moniteur vidéo248, ce support offre la possibilité d’enregistrement des commentaires en plusieurs langues pour les agriculteurs qui utilisent l’arabe « parlé » ou la langue amazigh. C’est un équipement qui peut être visionné à la lumière du jour. Du point de vue coût, c’est un média relativement accessible. Le choix d’un standard qui offre une bonne qualité visuelle et de couleurs est important. Une personne formée à cette technologie est indispensable pour l’élaboration des programmes. Pour toutes ces raisons, la vidéo reste pour beaucoup le média par excellence. C’est en effet un média très efficace, mais qui requiert, cependant une stratégie bien définie et des producteurs qualifiés.

Les cassettes sonores : La production de l’information à partir de ce support est relativement facile et peu coûteuse. La localisation de l’information est assez simple. Cette technologie favorise la rétroaction, car les agriculteurs peuvent enregistrer en retour leurs réactions, les questions… ce support peut être utilisé en parallèle avec la radio rurale.

Les audiocassettes :En dehors de leur utilisation comme support de transfert de l’information agricole, la cassette audio sont utilisée pour recueillir des informations historiques, culturelles, sociales et économiques du village. C’est un moyen efficace d’enregistrement des informations sur les questions que pourrait se poser un agriculteur dans le cadre de l’exercice de ses activités. C’est un support adéquat pour enregistrer et rediffuser les émissions de la radio rurale concernant le centre d’intérêt de l’agriculteur. L’agriculteur peut facilement s’approprier cet outil249.

Notes
244.

Institut national de la vulgarisation agricole. Alger. La vulgarisation agricole. INVA, 2004

245.

Abbey-Mensah Samuel. La radio rurale au Ghana. (Page consultée le  14/01/2005). Adresse URL : http://www.fao.org/docrep/003/X6721f/X6721f12.htm .

246.

Hilliard Robert L. Radio agricole rurale : introduction et modèles. (Page consultée le 14/01/2005). Adresse URL : http://www.fao.org/docrep/003/X6721f/X6721f.htm .

247.

Hilliard Robert L. Radio agricole rurale : introduction et modèles. (Page consultée le 14/01/2005). Adresse URL : http://www.fao.org/docrep/003/X6721f/X6721f.htm .

248.

Hilliard Robert L. Radio agricole rurale : introduction et modèles. (Page consultée le 14/01/2005).

dresse URL : http://www.fao.org/docrep/003/X6721f/X6721f.htm .

249.

FAO. Rome. Comment concevoir et réaliser les supports de communication de proximité.

(Page consultée le 15 octobre 2005). Adresse URL : http://www.fao.org/docrep/W9889F/w9889f06.htm