2.2.1. Etude comparative entre la classe A et la classe B

Sur le total des décisions d’articulation dans les deux classes, l’enseignante articule le savoir enseigné dans la classe A plus qu’elle le fait dans la classe B. Sur dix heures d’enseignement, 217 décisions d’articulation (63% du total des décisions d’articulation dans l’ensemble des deux classes) sont prises dans la classe A contre 152 décisions d’articulation dans la classe B (37% du total des décisions d’articulation dans l’ensemble des deux classe). Cette différence est marqué par l’écart présent entre

  • les décisions de types « annoncer » : 42 épisodes dans la classe A contre 12 épisodes pour la classe B sur dix heures d’enseignement (tableau 2.4)
  • les décisions de types « avancer » : 26 épisodes dans la classe A contre 8 épisodes pour la classe B sur dix heures d’enseignement (tableau 2.4)
  • les décisions de types « reprendre » : 55 épisodes dans la classe A contre 38 épisodes pour la classe B sur dix heures d’enseignement (tableau 2.4)

Cette différence entre les deux classes signifie que les élèves de la classe A sont plus participatifs dans la co-construction du savoir. Par unité de temps, l’enseignante articule plus dans la classe A qu’elle ne le fait dans la classe B. Ces articulations sont la plus part du temps des anticipations. Nous pouvons se demander sur l’effet que peut avoir ces anticipations sur l’apprentissage des élèves de la classe A par rapport à celui de la classe B. Est-ce que cet effet est différent suivant les autres types de décisions d’articulation ? Autrement dit, si l’enseignante « rappelle » plus dans une classe que dans une autre, allons-nous avoir d’autres effets sur le comportement des élèves. Ces questions restent ouvertes pour des travaux ultérieurs mettant en relation nos résultats avec l’analyse de données d’élèves.

La figure 2.5 permet de mettre en lumière un certain nombre de différences entre la classe A et la classe B pour la catégorie « décisions d’articulation ».

Figure 2.5 ce graphique représente la comparaison entre les pourcentages repérés pour la classe A et ceux repérés pour la classe B pour chaque valeur de la catégorie « décisions d’articulation ».

Ce graphique nous montre que sur les six valeurs de cette catégorie, le pourcentage de la valeur « rappeler » et celui de la valeur « reprendre » sont presque identiques pour la classe A et pour la classe B. Sur dix heures d’enseignement dans chaque classe, nous avons trouvé (tableau 2.4) :

  • 24 de 217 épisodes dans la classe A marquant la décision de l’enseignante de faire un rappel (11% du total des décisions d’articulations) face à 21 épisodes de total de 152 dans la classe B (14% du total des décisions d’articulations).
  • 55 de 217 épisodes dans la classe A marquant la décision de l’enseignante de faire une reprise (25% du total des décisions d’articulations) face à 38 épisodes de total de 152 dans la classe B (25% du total des décisions d’articulations).

En ce qui concerne les catégories « annoncer », « appeler », « avancer » et « remettre » nous trouvons des différences entre la classe A et la classe B. En effet, nous remarquons que l’enseignante « annonce » et « avance » des connaissances sur le contenu enseigné dans la classe A plus qu’elle ne le fait dans la classe B :

  • dans la classe A, l’enseignante fait 42 « annonces » et 26 « avances » sur 217 épisodes d’articulation (soit respectivement 19% et 12%) face à 12 « annonces » et 8 « avances » dans la classe B de 152 épisodes d’articulation (soit respectivement 8 % et 5%)

Inversement, l’enseignante « appelle » et « remet » le savoir dans la classe A moins qu’elle le fait dans la classe B :

  • l’enseignante déplace le contenu enseigné en faisant 55 « appels » et 15 « remises » sur les 217 épisodes d’articulation dans la classe A (soit respectivement 25 % et 7%). Par contre dans la classe B, de 152 épisodes d’articulation l’enseignante « appelle » 52 fois et « remet » un savoir 21 fois (soit respectivement 34 % et 14 %, soit 2 fois plus en pourcentage d’épisode de remise que la classe A).
    Cette différence est assez significative et va dans un sens interprétable compte tenu de ce que nous savons de la classe B et de la classe A.

Annoncer, remettre, Avancer

L’enseignante « annonce » dans la classe A, plus qu’elle ne le fait dans la classe B. Elle « avance » un savoir prévu ultérieurement dans la classe A plus qu’elle le fait dans la classe B. Par contre, elle « remet » plus dans la classe B que dans la classe A. Ce résultat montre une cohérence entre les différentes proportions des valeurs de la catégorie « décisions d’articulation » et ce qui se passe réellement dans les deux classes ; particulièrement, les différences marquées entre la valeur « annoncer », « remettre » et « avancer ». Il existe un rapport entre ces résultats et le mode de discours suivi dans une classe et dans une autre. Comme nous l’avons montré dans la première partie de ce chapitre, nous avons mis en évidence une différence de profil entre la classe A et la classe B : le temps de gestion de l’ordre dans la classe B est deux fois plus important que celui de la classe A. En effet, nous pensons que la gestion de l’ordre est en rapport avec la chronogenèse. Le contenu n’est pas construit de la même façon dans une classe où la gestion de l’ordre est fréquente et dans une autre où elle ne l’est pas. C’est une des raisons qui nous a poussé à coder les épisodes en relation avec le comportement des élèves en classe : les épisodes de gestion de l’ordre. Ceci a une certaine importance théorique ; l’étude du rapport entre la gestion de l’ordre et la progression du contenu doit être une des préoccupations de la recherche en didactique : qu’est ce qui se passe de point de vue de la gestion de l’ordre dans une classe ? Quels effets de ce facteur sur le processus d’enseignement-apprentissage et sur la cohérence du discours de la classe sur le contenu enseigné ? Quel est l’effet de la relation enseignant/élèves sur la chronogenèse ?

Ces résultats nous poussent à émettre des hypothèses sur le niveau de la classe et l’effet des interventions des élèves sur la chronogenèse et la gestion par l’enseignante du savoir enseigné. Quand l’enseignante « annonce », « remet » ou « avance » un contenu à enseigner, ses décisions sont provoquées par des questions des élèves et l’implication des élèves dans la construction du contenu enseigné. L’enseignante se trouve conduite lors de la progression du contenu à gérer la ligne de la progression de sa séquence face aux anticipations des élèves en « annonçant » le savoir à venir et/ou en « avançant » des connaissances par rapport à sa progression dans la classe A, deux fois plus qu’elle ne le fait dans la classe B. Cette proportion met en évidence que les élèves de la classe A sont plus participatifs que les élèves de la classe B ; elle va dans le sens de la conception que possède l’enseignante sur chaque classe.