I. Le recensement de pratique dominicale du 21 mars 1954 : enjeux et modèles

Le recensement de mars 1954 n’est pas la première procédure de ce type réalisée dans le diocèse de Lyon au XXème siècle. Une enquête sur les baptêmes avait par exemple été réalisée en 1905-1906 au moment de la Séparation des Églises et de l’État437. Après 1945, d'autres travaux de sociologie religieuse ont été entrepris dans le diocèse. Entre février et juin 1952 est ainsi organisée une enquête de pratique dominicale dans les paroisses rurales du diocèse. Fernand Boulard en assure la coordination à l’échelle nationale, alors que la Direction des Œuvres assure localement la conduite de l’enquête et se charge de centraliser les résultats. Le cardinal Gerlier encourage cette initiative qu’il considère comme « un nécessaire travail d’information [qui] pourra fournir d'utiles indications pour orienter la Pastorale paroissiale ». Il souhaite en faire la base de travail d’une session de pastorale rurale en septembre 1952438. L’espace rural a donc précédé l’espace urbain comme objet d’enquête dans le diocèse, confirmant en cela les orientations de la sociologie religieuse en France pour les années 1940-1950439.

D’autre part, une « consultation religieuse » a été organisée dans les églises et chapelles de Saint-Étienne le 8 mars 1953, soit un an avant l’enquête de l’agglomération lyonnaise. De façon curieuse, la Semaine religieuse du diocèse de Lyon n’en fait pas écho. Les résultats globaux sont transmis à un laïc du nom de Vernay440. Autrement dit, comme pour la constitution d’équipes EH, Saint-Étienne a précédé Lyon sur la question de la ville et de sa connaissance empirique par l’enquête.

Enfin, une session EH est organisée « à l'usage des prêtres, religieux et séminaristes des diocèses de la grande région de Lyon » à La Tourette, les 7-10 avril 1953, à l’initiative de la section de sociologie religieuse de l’ACA441. Le cardinal Gerlier et le père Lebret souhaitent réitérer dans la province ecclésiastique de Lyon le succès de la session de Saint-Brieuc qui avait réuni en 1952 une centaine de prêtres et séminaristes des quatre diocèses bretons. Les buts des deux sessions sont comparables : « former des prêtres aux méthodes d'analyse sociologique ; détecter des zones homogènes de pratique et de comportement religieux dans l'ensemble des diocèses participants ; préparer une analyse de sociologie en profondeur, " chercher à voir clair pour agir plus efficacement" suivant la parole de Sa Sainteté le Pape Pie XII »442. Concernant l’espace lyonnais, deux exposés sont prévus : l’un autour d’une « paroisse urbaine de Lyon », sans doute Saint-Pothin que commence d’étudier en sociologue le père Émile Pin, cité parmi les intervenants ; l’autre communication, qui propose des « coups de sonde dans les zones rurales de la grande région de Lyon », fait directement référence à l’enquête de sociologie rurale de type Boulard de 1952443.

Le recensement religieux de 1954 n’est donc pas la première consultation dans le diocèse. Elle en constitue cependant la forme la plus aboutie, utilisant des outils statistiques modernes pour recenser de façon systématique la population exclusivement urbaine sur un espace soigneusement défini à l’avance.

Notes
437.

Christian Ponson, « De Fourvière à Saint-Jacques-des-États-Unis », dans Françoise Bayard et Pierre Cayez (dir.), Histoire de Lyon…, op. cit., chapitre VII.

438.

« Une enquête précieuse. Communiqué de Son Éminence », Semaine religieuse du diocèse de Lyon du 22 février 1952.

439.

« Les recherches sur la pratique religieuse ont d’abord été menées dans les régions rurales : la population, plus enracinée, y a un comportement régional plus caractéristique ; et les recherches y atteignaient plus facilement une précision satisfaisante. L’enquête dans les villes a longtemps cherché ses méthodes » (Fernand Boulard, Premiers itinéraires en sociologie religieuse, Paris, Éditions Économie et Humanisme - Éditions Ouvrières, 1954, p. 61).

440.

Ce Vernay habitant rue Léon-Nautin à Saint-Étienne est-il le même que celui qui organise la session Économie et Humanisme sur la région lyonnaise des 8-9 mars 1952 et habitant rue Louis-Becker à Villeurbanne ? C’est le seul nom qui apparaît dans les six pages de présentation de l’enquête stéphanoise qui ont été conservées en AAL, fonds Gerlier, 11.II.126.

441.

Cette section a été créée en 1951 à la demande de Mgr Guerry, secrétaire de l'ACA, et de Mgr Richaud, président de la Commission sociale de l' Épiscopat.

442.

« Session de sociologie religieuse », Semaine religieuse du diocèse de Lyon du 3 avril 1953.

443.

Idem.