2. Les réseaux catholiques implantés de longue date sur la paroisse

a) Immigrés italiens et notables traditionnels : une histoire paroissiale en commun

L’église de la Sainte-Famille a été construite dans les années 1920 dans un quartier ouvrier du Nord-Est de Villeurbanne marqué par une forte présence d’immigrés italiens. La « baraque Adrian » est le nom de la première chapelle de Croix-Luizet, construite vers 1919-1920. Le curé de Saint-Julien de Cusset, l'abbé Corsat, assure le culte et le catéchisme jusqu'à l'arrivée de l'abbé Joseph Borde en août 1920. Celui-ci décide de créer une cité paroissiale, avec des familles italiennes du quartier. Celles-ci ont collecté les matériaux et participé financièrement à la construction de l’église qui renferme la chapelle Saint-Roch, longtemps point de ralliement des Italiens de l’agglomération lyonnaise. L'église de style « art déco » a été consacrée en 1927 par l'évêque de Grenoble, Mgr Caillot. Pour assurer la pérennité de l'œuvre, l’abbé Borde aurait créé une Association des amis de la banlieue en 19281937.

Jusque dans les années 1950, la paroisse de la Sainte-Famille est particulièrement dynamique, avec ses colonies de vacances, une section JOC dès 1929 et des conférences organisées par la Chronique sociale pour former les militants. Elle utilise son terrain de sport pour ses patronages et sa kermesse très fréquentée1938. Cette « cité catholique » (Bernard Meuret) comprend également une salle de spectacle, des salles de catéchisme, un presbytère et deux écoles (filles et garçons). Deux réseaux catholiques qui existent encore lors de l’affaire du terrain sont liés à cet apogée paroissial.

Les anciens immigrés (espagnols mais surtout italiens) et leurs enfants jouent un rôle essentiel dans la période pionnière de la paroisse (entre-deux-guerres). À partir des années 1950, les clivages entre les générations s’accentuent nettement : les plus âgés qui ont connu le Piémont ou la région napolitaine dans leur enfance se replient sur une vie paroissiale traditionnelle, autour du culte de Saint-Roch et de ses dévotions. À l’inverse, les plus jeunes, qui ont été formés à la JOC, prennent part au militantisme local, comme il sera dit plus loin.

À ce premier réseau s’ajoute celui des notables paroissiaux (médecins, notaires, commerçants), qui a le plus contribué financièrement à la construction de la cité paroissiale dans les années 1920. Au tournant des années 1960-1970, eux ou leurs descendants restent attachés aux valeurs traditionnelles qui ont présidé à la fondation de la paroisse et ont des difficultés à admettre la fermeture des deux écoles (vers 1965), la fin des patronages (1968) et l’abandon de la grande église de 1927 au profit de l’ancienne salle de spectacle transformée en chapelle. Lorsque le culte de Saint-Roch sera considéré comme une pratique archaïque par la majorité des fidèles au début des années 1970, les anciens de la première immigration italienne trouveront dans ce second réseau des alliés contre-nature.

Les ex-propriétaires du terrain, les Consorts Beaumont et la Société immobilière de la Sainte-Famille présidée par Émile Pin, peuvent être également considérés comme des représentants de ce groupe.

Notes
1937.

Bruno Permezel (avec la collaboration de Marcel Avet), Villeurbanne, 27 ème ville de France. Histoire des rues, histoire des noms, Lyon, Éditions BGA Permezel, 1994, p. 224.

1938.

Bernard Meuret, Croix-Luizet, quartier de Villeurbanne, CNRS-Centre régional de publication de Lyon, 1980, p. 47.