Des sites installés à proximité de formes fluviales spécifiques

La courbe, le chenal étroit ou divisé en plusieurs bras par la présence d’îles, la confluence et le défilé315 sont autant d’éléments qui interviennent dans la caractérisation des sites urbains, des éléments de morphologie du fleuve et de sa vallée. Ces derniers facilitent le franchissement, le contrôle ou sont des espaces stratégiques pour la navigation.

Le Rhône dessine au droit de plusieurs villes une courbure ou un « coude ». A Vienne, son chenal décrit « une courbe très fermée (à 70°) et le lit se resserre momentanément, alors que sa profondeur atteint des valeurs imposantes (15 à 18 m) »316. Le Grand Rhône arlésien forme aussi un coude très marqué. A Valence, le Rhône décrit une courbe plus ouverte, façonnée par le cône de déjections du Mialan (affluent de rive droite), et qui vient longer le talus des terrasses de rive gauche. Le comblement progressif de l’anse Girodet (Bourg-lès-Valence), du fait des aménagements de la 2ème moitié du XIXème siècle et des remblais de la C.N.R., l’a nettement atténuée. La ville occupe la rive concave du méandre où s’installe le port fluvial : le premier port de Valence se trouvait dans l’anse Girodet, dans la partie amont de la rive concave du méandre. La rive convexe est celle de l’annexe urbaine.

Ces villes exploitent le resserrement du chenal fluvial dans la courbe, resserrement qui facilite le franchissement. L’étroitesse du chenal peut aussi être due à sa division en plusieurs bras par des îles. Le Rhône à Tarascon et Beaucaire est divisé en deux chenaux par la petite île de la Barthelasse qui se caractérise par sa forme étirée tandis que l’île du même nom à Avignon est beaucoup plus large. Cette île dissocie le Rhône de Villeneuve du Rhône d’Avignon (figure 40). Toutes les villes étudiées se situent au droit d’une portion étroite du chenal fluvial. Le Tableau 5montre nettement ce phénomène puisque la largeur moyenne du chenal au niveau des centres historiques est inférieure de moitié aux largeurs amont et aval.

Les confluences rhodaniennes sont aussi remarquables, mais ne constituent pas en elles-mêmes des sites urbains à proprement parler. Valence est installée à six km au sud de la confluence de l’Isère, la Durance rejoint le Rhône au sud d’Avignon. Seule Vienne se trouve à une véritable confluence, modeste, entre un ruisseau, la Gère, et le fleuve. Les villes ne se développent pas sur le site même de la confluence entre un affluent d’importance et le Rhône, mais à distance. Un facteur peut expliquer cet état de fait : la force et l’instabilité de ces rivières à écoulement torrentiel qui rendent les confluences mobiles et dangereuses. Ce constat confirme l’idée que les sites urbains rhodaniens sont plus des sites terrestres que des sites fluviaux. La localisation de l’implantation urbaine montre que c’est la jonction de deux vallées, et donc de deux axes terrestres, qui fonde une partie de l’intérêt du site plutôt que la confluence elle-même.

Dernière composante des sites rhodaniens : les défilés. Ce que l’on nomme ainsi dans la vallée du Rhône consiste aussi bien en de « simple[s[ passage[s] entre des piliers rocheux » qu’en des tronçons où « le fleuve circule plus longtemps entre les parois rocheuses »317. Ils offrent des sites privilégiés pour les villes du fait du rétrécissement du fleuve : c’est le cas à Tain-l’Hermitage qui associe un coteau à un défilé. A Tarascon-Beaucaire, les deux rives « sont enfermées entre les deux môles calcaires qui portent chacun son vieux château »318 et forment le dernier et le plus modeste défilé de la vallée. A l’étroitesse du chenal et donc au franchissement facilité s’ajoutent des points de contrôle et de défense. Cela dit, tous les défilés ne sont pas pour autant des sites urbains : certains, comme celui de Donzère, ne présentent pas de développement urbain important.

Les sites historiques des villes rhodaniennes sont en réalité composites et ne peuvent répondre à une classification simple. Ainsi le site d’Avignon associe-t-il quatre éléments spécifiques, de nature topographique et hydrologique : le promontoire rocheux (qui forme aussi un défilé puisqu’il enserre le cours du fleuve avec les collines de la rive de Villeneuve-lès-Avignon), un Rhône divisé en plusieurs bras de moindre largeur et la confluence avec la Durance à trois km au sud (figure 40). Il faut cependant noter une caractéristique commune à toutes les villes sauf au doublet Tarascon-Beaucaire. Tous les sites des centres urbains sont situés en rive gauche. Avançons deux hypothèses explicatives : d’une part la rive gauche est la rive la plus large, c’est-à-dire où les possibilités d’expansion urbaine sont les plus importantes, d’autre part, c’est sur cette rive que s’est implantée la voie romaine principale qui a participé à la mise en place du réseau urbain riverain.

Tableau 5. Largeurs actuelles du chenal dans les villes du Rhône aval
Figure 40. Le site d’Avignon
Notes
315.

Zone de resserrement extrême de la vallée, où le fleuve coule entre deux reliefs.

316.

Arcelin P., Arnaud-Fassetta G., Heijmans M., Valentin F., (1999), p.121-122.

317.

Faucher D., 1968, p.16.

318.

Faucher D., 1968, p.16.