Il ne faut pas confondre les fonctions au sein de l’église. Un musicien peut être organiste sans pour autant être Kapellmeister, même si les deux fonctions sont parfois assumées par le même musicien (que l’on songe à Buxtehude). Mais bon nombre de musiciens sont uniquement organistes titulaires, sans devoir spécifiquement composer ou diriger la musique instrumentale ou vocale de l’office. Certains musiciens ne sont ainsi connus que du cercle des organistes, comme Heinrich Scheidemann (1595-1663) à la Katharinenkirche de Hambourg, ou Vincent Lübeck (1654-1740) à la Nicolauskirche de Hambourg.
Même s’il est entièrement voué au service d’une église, l’organiste dépend de la municipalité au même titre que le cantor ou les musiciens de la Stadtpfeiferei. Il est engagé, parfois sur concours, et doit faire une demande écrite pour toute absence ou démission (seule les autorités sont habilitées à accepter ou refuser les demandes de l’organiste). Dispensé de toute production vocale ou instrumentale (exceptée bien sûr l’exercice de son instrument pendant l’office), il est toutefois responsable du bon maintien de son poste. Le contrat de nomination de Jean-Sébastien Bach à la Neukirche d’Arnstadt est ici éloquent :
‘ « […] vous vous montrerez actif et digne de confiance dans tout ce qui relèvera de la pratique de votre art et de votre science, et des charges et missions qui vous sont confiées ; vous serez précis les dimanches, jours de fête et autres jours de services publics en ladite Église-Neuve pour tenir l’orgue qui vous est confié ; vous en userez de façon convenable ; vous veillerez à ce qu’il soit maintenu en bon état et en prendrez grand soin ; si une partie venait à faiblir, vous en donneriez prompte notification et indiqueriez les réparations qui pourraient être nécessaires ; vous n’en laisserez l’accès à personne sans avoir porté le fait à connaissance du surintendant ; et, en général, vous veillerez à ce que tout dommage soit évité et que l’instrument soit conservé en bon état de fonctionnement 14 . » ’Pour une telle fonction, J.-S. Bach reçut un salaire annuel de cinquante florins et trente thalers (vingt-cinq florins issus des taxes sur la bière, vingt-cinq autres florins attribués par l’église, et les trente thalers provenant de l’hôpital15 : autrement dit, la charge d’organiste est assumée par divers organismes de la société).
Mais l’organiste doit également assurer une formation instrumentale auprès d’élèves. À nouveau, les procès-verbaux du Consistoire d’Arnstadt sont très précieux (J.-S. Bach, alors revenu de son long – trop long, aux regard des autorités d’Arnstadt – périple à Lübeck pour entendre D. Buxtehude, refuse d’assumer les tâches d’un Kapellmeister sans en avoir le contrat – et donc le salaire, d’où les inévitables tensions entre la municipalité et le jeune compositeur) :
‘ « […] En outre, il est tout à fait surprenant qu’il n’ait fait depuis aucune musique, ce dont la cause est assurément qu’il s’entend mal avec ses élèves ; il devra donc s’expliquer et dire s’il accepte de jouer avec ses élèves […] » (extrait du procès-verbal du 21 février 1706) 16 .Ces deux exemples montrent bien que les limites sont suffisamment floues entre organiste titulaire et Kapellmeister (situation que J.-S. Bach juge abusive), bien qu’il soit habituel pour un organiste d’accueillir des confrères pour leur transmettre son art. Les autorités d’Arnstadt profitent largement de cette ambiguïté.
Nomination du 9 août 1703, citée in : CANTAGREL (Gilles), Bach en son temps, Paris, Fayard, 1997, p. 47-48.
Ibid., p. 48.
Ibid., p. 54.
Ibid., p. 57.