2.2/ Au XVIIe siècle

Si le XVIe siècle révélait deux foyers majeurs de l’édition musicale, le XVIIe ne bénéficie pas de la même unité. Sans doute faut-il voir dans la guerre de Trente Ans le motif d’un éparpillement. Par manque d’argent, bien entendu, et suite aux incessantes migrations des compositeurs, les villes n’offrent plus le même dynamisme.

Mais d’autres changements sont à observer : tout d’abord l’essor politique et commercial de certaines cités, dont l’importance croissante est telle que les musiciens affluent, déchiffrent, interprètent, composent, et donc éditent de la musique. En contrepoint de cet essor, il faut ajouter les liens étroits qui peuvent unir un monarque et son Kapellmeister.

Dans le premier de ces cas, Hambourg est un bon exemple. Voilà bien une cité qui passe au premier plan dans le paysage de l’Allemagne du nord. De nombreux musiciens contribuent à son rayonnement, à commencer par Samuel Scheidt (1587-1654) qui publie ses Cantiones Sacrae en 1620, en passant par Friedrich Nicolaus Bruhns (1637-1718) – l’oncle de Nicolaus – qui publie deux arie en 1692 et 1693, jusqu’aux productions de Reinhard Keiser (1674-1739), et ses opéras italianisants alors en vogue (Der geliebte Adonis en 1697, Masaniello furioso en 1706, ou Croesus en 1710).

Comme exemple de musicien fortement attaché à son maître, on pense bien entendu à Heinrich Schütz (1585-1672) à la cour de Dresde, qui assiste à la plupart de ses publications et créations, depuis les Psalmen David de 1619 jusqu’aux passions des années 1666. Seuls les Kleine geistliche Konzerte de 1636 seront publiés à Leipzig (même la seconde partie de 1639 est éditée à Dresde).

Dans le même ordre d’idées, on pense également à Michael Praetorius (1572-1621). Si le premier volume du Syntagma musicum (1614-1615) parait à Wittenberg, les deux suivants paraîtront en 1619 à Wolfenbüttel. Or, c’est dans cette même ville, où il est Kapellmeister depuis 1589, que seront édités les impressionnants Polyhymnia Panegyrica & Caduceatrix ainsi que les Polyhymnia exerciatrix, recueils qui sonnent comme de véritables testaments musicaux (Praetorius livre ainsi au terme de son existence une prodigieuse somme théorique – à travers le Syntagma musicum – et pratique – à travers les Polyhymnia).

À côté de Hambourg, Dresde et Wolfenbüttel, il faut joindre Leipzig dont la qualité des cantors ne fait que se confirmer. C’est donc la ville qui voit la publication des Israelis Brünnlein (1623) de Johann Hermann Schein (1586-1630), superbe recueil de madrigaux spirituels. Le cantor Tobias Michael (1592-1657) publie également à Leipzig le Musicalischer Seelenlust erster und ander Theil (1634-1635).

Pourtant, il ne faut pas croire que les villes d’Augsbourg ou de Nuremberg voient décliner leur capacité d’édition. Bien au contraire.

C’est à Augsbourg que l’on retrouve les Sacri Concentus (1612) d’Hans Leo Hassler, ou le De Profundis (1701) de Johann Caspar Ferdinand Fischer (1656-1746).

Toujours active, Nuremberg poursuit ses activités : Melchior Franck (1579-1639) y publie son Musikalischer Bergkreyen (1602), son Reuterliedlein (1603), ainsi que ses Flores Musicales (1610), avant de publier à Coburg. Le grand représentant de la musique luthérienne, Chrisophorus Demantius (1567-1643), publie son Trias Precum Vespertinarum (1602), et Hans Leo Hassler fait paraître deux recueils importants : les Lustgarten newer teutscher Gesäng (1601) et les Psalmen und christliche Gesänge (1607). C’est dans cette même Nuremberg que sera publiée l’Harmonische Freude Musikalischer Freunde de Philipp Heinrich Erlebach (1657-1714), entre 1697 et 1710. Autrement dit, Nuremberg conserve une bonne santé éditoriale.

Ainsi, la double polarisation du XVIe siècle est moins nette au siècle suivant. Si l’Allemagne du sud s’oppose stylistiquement à l’Allemagne du nord, les foyers de l’édition musicale semblent se multiplier.

Nous retiendrons aussi cette étrange constatation : quel que soit le siècle envisagé, la configuration géographique nord-sud à laquelle répond la séparation luthériens-catholiques n’est pas de grande influence sur le contenu des éditions musicales. Autrement dit, en « pays luthérien », on édite aussi des auteurs catholiques (Isaac, Senfl, jusqu’à Keiser) ; nous l’avons dit, cela correspond à l’idéal luthérien de pluralité. Mais de l’autre côté, en « pays catholique », on publie également des auteurs luthériens (et non des moindres : Thomas Stoltzer, Melchior Franck, ou Christophorus Demantius).

La pratique musicale semble ainsi dépasser le carcan des appartenances politico-religieuses. Quel que soit l’angle envisagé, c’est une constatation que nous ferons bien souvent.