1/ Heinrich Isaac (1445-1517)

Ce premier compositeur est intéressant pour diverses raisons.

Tout d’abord, Heinrich Isaac est le plus grand représentant de la musique allemande de la Renaissance. Reconnu à travers toute l’Allemagne, il jouit d’une incroyable popularité de son vivant. Il est souvent cité comme étant le « Josquin allemand ».

Mais Heinrich Isaac fut également un grand voyageur qui n’hésitait pas à composer des deux côtés des Alpes. Si nous l’entrevoyons à Innsbruck en 1484 au service de l’archiduc Sigismond, il est surtout organiste à la cour de Laurent le Magnifique, entre 1475 et 1496. Il devient alors l’instructeur musical de Jean de Médicis, fils du mécène, futur pape Léon X. Dans sa période florentine, Heinrich Isaac sera non seulement organiste dans de nombreuses églises, mais également cantor.

À partir de 1496, il entre au service de Maximilien Ier (voir Planche n°4), Empereur du Saint Empire Romain Germanique, et fréquente un grand nombre d’artistes. En tant de Kapellmeister, Isaac côtoie de hautes personnalités, telles Paul Hofhaimer (1459-1537), célèbre organiste de la cour, ou Albrecht Dürer (1471-1528) qui rencontre l’Empereur en 1512. On imagine volontiers l’émulation artistique au sein de cette cour impériale (d’autant plus encouragée que Maximilien Ier est lui-même connu pour sa pratique du chant, et son implication dans la création d’instruments), qui s’établit successivement dans plusieurs villes : Vienne, Augsbourg, Innsbruck, puis Constance. S’il reste entièrement dévoué à l’Empereur jusqu’en 1513, sa popularité l’amène à honorer des contrats pour d’autres commanditaires. Entre 1507 et 1509, il se consacre au vaste projet de la mise en polyphonie des chants de la messe sur tout le cycle de l’année liturgique, commande de la cathédrale de Constance. C’est le volumineux Choralis Constantinus qu’Heinrich Isaac ne pourra pas achever, mais que son illustre élève Ludwig Senfl s’emploiera à terminer.

C’est aussi sous le mécénat de Maximilien Ier qu’Heinrich Isaac retourne à Florence (comme agent diplomatique), et poursuit son voyage jusqu’à Ferrare, où il rencontre son contemporain et ami Josquin Desprez (1440-1521).

Heinrich Isaac est enfin intéressant car il décède le 26 mars 1517, presque sept mois avant le début officiel de la Réforme (les fameuses quatre-vingt-quinze thèses du 31 octobre 1517). Autrement dit, il est le symbole de la musique Allemande juste antérieure au grand bouleversement des mentalités.

Pour donner un aperçu de sa musique, nous retiendrons quelques exemples parmi ceux qui nous semblent les plus représentatifs.