2.6/ Lupus Hellinck (1495-1541)

Autre compositeur figurant dans les Newe Deutsche Geistliche Gesenge de G. Rhau : Lupus Hellinck. Pourtant, cet auteur n’est pas spécifiquement luthérien. Il est surtout attaché à l’église Saint Donatien de Bruges, de 1523 à 1541. G. Rhau prend l’initiative de publier onze de ses œuvres, dont Ein Lämmlein geht und trägt die Schuld (un petit agneau arrive et porte les fautes)206 qui s’inscrit pleinement dans la tradition du contrepoint fleuri. Les quatre voix entrent toujours en imitation sur chaque nouvelle phrase, le cantus firmus affecte toutes les voix, des vocalises soulignent les mots importants (« aller Sünder », tous les péchés, alto mes. 34-40, « Kreuz », la croix, soprano et alto mes. 75-79, ou le terrible « Ich wills gern leiden », je veux volontiers souffrir, avec une ample vocalise sur « leiden » – souffrir – notamment au soprano, mes. 82-88, réitérée mes. 90-95), et nous retrouvons les inévitables cadences à basse tronquée (mes. 40 et 80).

Surtout, les différentes entrées font apparaître une structure symétrique. En effet, si nous prenons chaque début de phrase :

‘Mes. 1 : B T A S (ligne directe ascendante)
Mes. 8 : B T A S (idem)
Mes. 21 : B A T S (idem)
Mes. 29 : B A T S (idem), et toujours aucune mise en œuvre de l’imprévisible
Mes. 41 : A S T B (entrée plus arrondie)
Mes. 46 : A T S B+T (forme ondulante)
Mes. 55 : S A T B (ligne directe descendante)
Mes. 62 : T S B A (forme ondulante)
Mes. 73 : A S T B (forme arrondie)
Mes. 81 : S A T B (ligne directe descendante)
Mes. 88 : S A T B (idem)’

Ainsi, deux blocs s’opposent : les entrées en progression ascendante (mes. 1-29), et descendantes (mes. 81 à fin). Au milieu, L. Hellinck explore de nombreuses possibilités. La fin semblerait donc s’opposer au début de l’œuvre. Et cette observation se confirme quand on regarde les rythmes : nombreuses noires et blanches dans la première section, nombreuses noires et noires pointées – croches dans la dernière.

Contrairement à ce qui était le cas dans les œuvres de Johann Walther ou Arnold von Bruck, nous ne trouvons dans cette œuvre aucune trace d’homorythmie207.

Notes
206.

Partition : BA3451, p. 48-52.

207.

Lupus Hellinck s’illustre à nouveau dans le style fleuri dans sa version du Aus tiefer Not, également publié chez Rhau en 1544 (William HEKKERS parle du Wittembergisch deutsch geistlich Gesangbüchlein, Cf. livret du Cd, p. 4). Enregistrement : DBK8-Cd1(8). La polyphonie repose sur le timbre de Johann Walther (version 1524).