Actif à Heidelberg, il fait partie des auteurs publiés dans l’encyclopédique Ein Auszug guter alter und newer Teutscher Liedlein (Nuremberg), cinq tomes édités entre 1539 et 1556 à l’initiative du médecin nurembergeois Georg Forster. Les compositeurs qui figurent dans ces volumes ont des origines fort diverses : on rencontre Adam de Fulda, Paul Hofhaimer (compagnon d’Isaac à la cour de Maximilien Ier), tous les maîtres de Heidelberg (Zirler, Jobst von Brant, etc.), le flamand vénitien Adrian Willaert, ou le sympathisant luthérien Thomas Stoltzer dont nous venons de parler. Il est évident que l’esprit anthologique l’emporte sur les clivages temporels (auteurs du passé/auteurs du présent), géographiques (nord de l’Allemagne/sud de l’Allemagne), et même religieux (luthériens/catholiques).
Parmi les œuvres de Stephan Zirler publiées dans l’Auszug guter alter und newer Teutscher Liedlein, nous trouvons Die Sonn, die ist verblichen (voir Exemple 2-3.1, Annexes p. 51)232, polyphonie à quatre voix sur un timbre populaire. Ce Volkslied se rattache pleinement à l’école de L. Senfl.
Nous retrouvons des mouvements en croches conjointes ne dépassant pas la quinte, une cadence à basse tronquée (mes. 13-14), ainsi qu’une mise en œuvre de l’imprévisible :
‘Phrase 1, mes. 1 : S – A – T – BL’exercice tient de l’amusement, tant les présentations s’avèrent différentes les unes des autres. Il faut avouer que le talent contrapuntique de ces générations est d’une remarquable qualité : proposer une telle variété de tournures en si peu de mesures (trente-cinq en tout) force le respect.
De même, conséquence inévitable de cette écriture musicale volontairement sophistiquée, les ambitus parcourus sont très larges : douzième diminuée pour le soprano (do#3-sol4), onzième pour l’alto (fa2-sib3), et dixièmes mineures pour le ténor et la basse (respectivement ré2-fa3 et sol1-sib2). La véhémence des entrées se répercute aussi dans la recherche des extrêmes de la voix ; le mode d’écriture (contrepoint fleuri) sollicite un recours particulier aux tessitures (ambitus larges).
Enfin, nous retrouvons dans cette œuvre quelques éléments typiquement populaires : petits sauts ascendants de quinte ou de quarte, et surtout notes répétées (la troisième phrase est représentative, « der Mond ist aufgegangen » – la lune est sortie – mes. 11-14).
Partition : BA910, p. 46.