Le thème de la rédemption, véritable cœur de la pensée chrétienne, est bien entendu présent en de multiples endroits :
Martin Luther insiste sur ce point. Reprenant le vocabulaire paulinien (Première Épître aux Corinthiens, 15 54 : « La mort a été engloutie dans la victoire ») :
‘ « Le Christ étant Dieu et en même temps un homme qui n’a encore jamais péché, sa justice étant invincible, éternelle et toute-puissante, s’il fait siens, […] grâce à la foi, les péchés de l’âme croyante et fait comme s’il les avait lui-même commis, alors les péchés doivent s’engloutir et se noyer en lui 279 . » ’Luther ne manquera pas le répéter, avec un goût à peine dissimulé pour la métaphore de choc :
‘ « N’est-ce pas là un heureux ménage, quand un riche, noble et juste époux comme le Christ épouse une malheureuse petite putain, mauvaise et méprisée, la débarrasse de tous les maux et la pare de tous les biens ? Il est alors impossible que ses péchés la condamnent, car ils reposent maintenant sur le Christ et sont engloutis en lui ; et elle possède ainsi en son époux une justice si riche qu’elle peut, une fois encore, résister à tous les péchés, quand bien même ils reposeraient sur elle 280 . » ’Dans son Sermon sur la préparation à la mort de 1519 (texte commandé par un conseiller de Frédéric le Sage, Marc Schart), le Réformateur explique sa doctrine sans détours :
‘ « Tu ne dois pas non plus regarder le péché d’après les pécheurs, ni d’après ta conscience, ni non plus d’après ceux qui jusqu’à leur fin ont persévéré dans le péché et sont damnés ; tu risquerais à coup sûr de les suivre et d’être vaincu ; tu dois au contraire en détourner tes pensées et ne plus voir le péché qu’au travers de la grâce et avoir en vue l’image de grâce profondément gravée en toi. Cette image salvatrice n’est autre que le Christ en croix accompagné des saints bien-aimés. Comment doit-on comprendre cela ? C’est par grâce et miséricorde que le Christ sur la Croix t’enlève tes péchés, les porte pour toi, et les étrangle. Croire cela fermement, l’avoir sans cesse à l’esprit, ne jamais le mettre en doute, c’est ce que signifie contempler l’image salvatrice et la graver en soi ; de la même manière, tous les saints qui souffrent et meurent en Christ prennent aussi sur eux tes péchés, souffrent et peinent pour toi, conformément à ce qui est écrit : ˝ Que chacun porte le fardeau de l’autre. C’est ainsi que vous accomplirez le commandement du Christ. ˝ Le Christ dit lui-même dans Matthieu, XI : ˝ Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et peinés, je vous aiderai. ˝ Vois, de cette manière tu peux regarder tes péchés en face en toute sécurité sans tourmenter ta conscience ; vois, tes péchés ne sont plus des péchés, le Christ a triomphé et les a engloutis ; le Christ prend sur lui ta mort et l’étrangle, afin qu’elle ne puisse plus te faire de mal. Si tu crois qu’il fait cela et que tu regardes ta mort à travers lui et non en toi, il se charge alors aussi de tes péchés et en triomphe dans sa justice et par pure grâce ; si tu crois cela, ils ne pourront plus te faire aucun tort. En résumé, le Christ est l’image salvatrice vivifiante qui nous protège et nous conforte face à l’image de la mort et du péché ; c’est ce que dit Paul dans I Corinthiens : ˝ Rendons grâce et louange à Dieu, qui en Christ nous a donné la victoire sur le péché et la mort 281 . ˝ » ’Ainsi, le sacrifice de Jésus accomplit le rachat. Le péché originel, ainsi que tous les péchés de l’humanité (passés, présents et futurs) « s’engloutissent » dans le Christ en croix.
LUTHER (Martin), De la Liberté du Chrétien, op. cit., p. 41.
Ibid.
Sermon sur la préparation à la mort, in : LUTHER (Martin), Œuvres, op. cit., p. 259.