C’est en ce point que Martin Luther se détache de la pensée catholique et humaniste de son temps : l’homme ne peut rien accomplir lui-même pour son salut ; les œuvres ne sont ici d’aucun secours. Seule la foi – délivrée par la seule Grâce de Dieu – permet à l’homme de se sauver.
Les cantates de Bruhns évoquent à leur tour la grâce :
Curieusement, les cantates de Bruhns ne contiennent aucune allusion aux œuvres, ni même au comportement attendu du chrétien. Ainsi, aucune mention n’est faite de la charité, de la compassion, du secours à apporter à autrui, ou toute autre considération de ce type. Au contraire, les concepts rencontrés sont davantage tournés vers des sentiments intérieurs, comme l’espérance…
… la confiance…
… et plus directement encore la foi elle-même :
Les cantates sont donc explicites à ce sujet : l’homme n’est capable d’aucune action susceptible de lui garantir le salut. Seule la foi, délivrée par la seule Grâce de Dieu, permet à l’homme de se réconcilier avec son Créateur.
Voilà bien un message luthérien par excellence. Luther l’affirme partout. Les actes et les œuvres ne sont rien si elles ne découlent pas d’une foi véritable et sincère – foi délivrée par Dieu par pure grâce :
‘ « Ici il s’agit de remarquer attentivement et de toujours sérieusement retenir que c’est la foi seule, en l’absence de toute œuvre, qui rend juste, libre et qui sauve 282 . » ’Luther exalte la foi, et la place au-dessus des œuvres. Ceci pour deux raisons, l’une explicite, l’autre implicite. Explicitement, il cite et commente l’Évangile selon Matthieu :
‘ « Le Christ enseigne de la même façon que l’on ne doit pas commencer par les œuvres, lorsqu’il dit : ˝ Faites en sorte ou bien que l’arbre soit bon et ses fruits seront bons, ou bien que l’arbre soit mauvais et ses fruits seront mauvais ˝, ce qui revient à dire : ˝ Qui veut avoir de bons fruits doit d’abord commencer par l’arbre et bien le planter. ˝ De même, qui veut faire des bonnes œuvres ne doit pas commencer par les œuvres, mais par la personne qui fera ces œuvres. Or rien ne rend la personne bonne sinon la seule foi, et rien ne la rend mauvaise sinon la seule incroyance 283 . » ’Mais implicitement, Luther dénigre aux œuvres le pouvoir de procurer elles seules le salut, pour la simple raison qu’elles précipiteraient le sacrifice du Christ au second plan. Le thème du « Christ mort pour rien », déjà présent dans les épîtres de Paul, se répercute dans la pensée de Luther. Raison pour laquelle le Réformateur ne cesse d’ajouter :
‘ « Dès lors que les œuvres ne rendent personne juste et que l’homme doit être préalablement juste avant d’agir, il est évident que seule la foi, par pure grâce, par le Christ et sa Parole, rend la personne suffisamment juste et bienheureuse 284 . » ’Ou, plus loin :
‘ « […] la grâce de Dieu, […] est seule à rendre juste et à sauver par l’intermédiaire de la foi 285 . »Pour qui n’a pas compris l’inutilité de l’œuvre au regard de la foi, Luther use de ses bonnes métaphores :
‘ « […] un chrétien est libre de toutes choses et sur toutes choses, au point de n’avoir besoin d’aucune bonne œuvre en sus pour être juste et bienheureux : la foi bien plutôt lui offre tout à profusion. Et s’il était assez fou pour penser qu’une bonne œuvre pourrait le rendre juste, libre, le sauver ou faire de lui un chrétien, il perdrait la foi en même temps que tout le reste pareil au chien qui, tenant en gueule un morceau de viande, voulut attraper son reflet dans l’eau et perdit ainsi viande et reflet 287 . » ’Il n’est donc pas étonnant de ne trouver aucune allusion aux œuvres dans les cantates de Bruhns, au bénéfice de sentiments intérieurs plus souvent affichés (espérance, confiance, soulagement, ou directement la foi). Cette attitude nourrit pleinement la conception luthérienne de la croyance.
LUTHER (Martin), De la Liberté du Chrétien, op. cit., p. 35.
Ibid., p. 57-58.
Ibid., p. 57.
Ibid., p. 59-60.
Ibid, p. 61.
Ibid., p. 47.