6/ Le Christ ressuscité apporte la bonne nouvelle de la vie éternelle. La mort humaine n’est donc qu’une étape, appréhendée avec soulagement.

C’est en ce point que Nicolaus Bruhns ressemble le plus à Johann Walther : le thème de la « mort bienheureuse » est bien présent, surtout dans les cantates sur textes libres. Si certains passages se contentent d’évoquer la résurrection…

… d’autres abordent la mort dans la sérénité :

Enfin, la cantate Ich liege und schlafe toute entière développe le thème :

‘1. Ich liege und schlafe ganz mit Frieden. 1. Je me couche et m’endors tout en paix.
Denn du allein, Herr, hilfest mir, Car toi seul, Seigneur, me secours,
Dass ich sicher wohne. Et me fais habiter en sécurité.

2. Ich hab, Gottlob, das mein vollbracht, 2. J’ai, Dieu soit loué, accompli ma tâche,
Welt gute nacht, Welt gute nacht, Monde bonne nuit, monde bonne nuit,
Wir müssen uns nun scheiden.Nous devons à présent nous séparer.
In jesu Namen sanft und still ich wandern will, Au nom de Jésus je veux chercher douceur et calme,
Zur Seligkeit mit Frieden. Pour un bonheur dans la paix.
In dieser Welt war mir bestellt En ce monde m’étaient réservées
Nur Angst und Not, zuletzt der Tod, L’angoisse et la peur, et enfin la mort,
Jetzt ender sich mein Leiden. Maintenant prennent fin mes souffrances.

3. In Jesu Namen schlaf ich ein, 3. Au nom de Jésus je m’endors,
Er führt allein mich aus dem Tod ins Leben. Lui seul me guide de la mort vers la vie.
Am Kreuzesstamm vergossenes Blut kommt mir zugut, De la crucifixion le sang versé vient jusqu’à moi,
Macht fröhlich mich daneben, Et me rend joyeux,
Der edle Saft gibt rechte Kraft, La noble sève donne la juste force,
Stärket mir mein Herz im Todessschmerz, Renforce mon cœur dans la douleur de la mort,
Kann Freud und Wonne geben. Peut donner la joie et les délices.

4. In Jesu Namen fahr ich hin, 4. Au nom de Jésus je vais de l’avant,
Denn mein Gewinn ist Christus, wenn ich sterbe. Car mon gain est le Christ, quand je meurs.
Ich weiβ, daβ er mich nicht verlässt, Je sais qu’il ne m’abandonnera pas,
Und glaube fest : im Tod ich nicht verderbe. Et crois fermement : dans la mort, je ne serai pas corrompu.
Mir ist bereit in Ewigkeit, Il m’a été préparé pour l’éternité,
Von Gottes Sohn die Ehrenkron, Par le Fils de Dieu la couronne de gloire,
Das rechte Himmels-Erbe. Le juste héritage céleste.’

On voit donc à quel point Nicolaus Bruhns s’inscrit dans cette pensée. Pour compléter les propos antérieurement exposés288, voyons encore ce que dit Martin Luther dans son Sermon sur la préparation à la mort :

‘ « À l’heure de sa mort, aucun chrétien ne doit douter et se croire seul face à sa mort ; il peut au contraire avoir la certitude, et le sacrement en témoigne, que de nombreux yeux veillent sur lui : d’abord ceux de Dieu et du Christ lui-même, puisque le chrétien croit sa Parole et est attaché à son sacrement ; les yeux ensuite des anges, des saints et de tous les chrétiens ; en effet, et il n’y a aucun doute là-dessus, ils forment tous un seul corps, comme l’indique le sacrement de l’autel, et tous se précipitent vers le mourant comme vers un de leurs membres 289 , et, en portant tout avec lui, l’aident à triompher de la mort, du péché et de l’enfer. En cette occasion, l’œuvre d’amour et la communion des saints prennent tout leur sens et leur efficacité ; le chrétien doit se les représenter et ne pas les mettre en doute ; c’est ainsi qu’il trouvera le courage de mourir [...]. Si donc Dieu a les yeux sur toi, tous les anges, les saints et toutes les créatures suivront son exemple ; si tu persévères dans la foi, ils te soutiendront de leurs mains. Lorsque ton âme s’en ira, ils seront là pour l’accueillir, tu ne peux sombrer.
« [...] Vois, que pourrait-il faire de plus, ton Dieu, pour que tu acceptes librement de mourir et cesses de craindre la mort et en triomphes ? En Christ, il te montre et te donne l’image de la vie, de la grâce et du salut, afin que tu ne sois pas épouvanté à la vue des images de la mort, du péché et de l’enfer. Il charge de plus son propre Fils bien-aimé de ta mort, de ton péché et de ton enfer ; pour toi, il en triomphe et les rend inoffensifs
290 . » ’

Là encore, nous voyons que la cantate Ich liege und schlafe complète à merveille cet extrait de sermon. Nous retrouvons même l’évocation du « Siegesfürst », le prince victorieux, et de son triomphe (l’expression revient dans Muss nicht der Mensch).

Notes
288.

Cf. supra, Chapitre II, 2.2, au sujet d’O wie selig ist der Tod de Johann Walther.

289.

« Ils forment tous un seul corps », « comme un seul de leurs membres », Luther reprend ici l’image paulinienne du « corps mystique » des chrétiens : « ne sommes-nous pas membres les uns des autres ? » (Épître aux Éphésiens, 4 25), « ne sommes-nous pas les membres de son Corps ? (Épître aux Éphésiens, 5 30).

290.

Sermon sur la préparation à la mort, in : LUTHER (Martin), Œuvres, op. cit., p. 266-268.