Le cas de Roland de Lassus (voir Planche n°12) est complexe. Voilà un auteur cosmopolite né dans les Flandres, qui étudie en Italie et passe la plus grande partie de sa carrière en Allemagne (outre de nombreux séjours en France). En effet, il étudie d’abord à Mons puis quitte les Flandres pour Milan et Naples, ville qu’il adopte de 1550 à 1553. Il séjourne encore deux années à Rome, puis retourne à Anvers en 1555. De ses voyages italiens sortira un premier fruit : un livre de madrigaux à cinq voix (Anvers, 1556). Cette même année, le duc de Bavière Albert V l’engage comme chantre de sa cour à Munich, puis le nomme Kapellmeister – titre qu’il conservera jusqu’à sa mort. Roland de Lassus est alors à la tête d’une formation comprenant une soixantaine de chanteurs et une trentaine d’instrumentistes (voir Planche n°13), dont la renommée dépasse très largement les terres munichoises. C’est en 1562 qu’Andrea Gabrieli quitte la basilique Saint-Marc pour accompagner Albert V au couronnement de Maximilien II, le nouvel Empereur du Saint Empire Romain Germanique. Il croise alors Roland de Lassus, à ce point remarqué et apprécié des monarques qu’il est anobli en 1570 par Maximilien II lui-même. L’oncle transmet son expérience au neveu, et voilà Giovanni Gabrieli, entre 1574 et 1579, à la cour de Munich auprès du célèbre compositeur au sommet de sa gloire. Car son œuvre est aussi abondante que riche388 : près de cinquante-trois messes (de quatre à huit voix), une soixantaine de Magnificat, plus d’un millier de motets (de deux à douze voix), deux-cents madrigaux (de trois à dix voix), cent-cinquante chansons en langue française, et une centaine de Lieder. Il ne cesse de voyager, se déplaçant en Italie, dans les Flandres, et en France. À l’apogée de sa carrière, il dédie sa dernière œuvre (Lagrime di San Pietro) au pape Clément VIII, et décède trois semaines plus tard.
Sans conteste, Roland de Lassus est le premier grand représentant d’un style où le contrepoint fleuri et l’homorythmie se conjuguent à des fins expressives. Ses œuvres profanes et sacrées sont le véritable chaudron du baroque, puisque nous retrouvons là quantité d’ingrédients qui seront employés tout au long du XVIIe siècle. Parcourons sans tarder quelques unes de ses compositions.
Le grand public ne connaît de Roland de Lassus que son Mon cœur se recommande à vous, ce qui est bien triste quand on connaît le reste de son œuvre.