2.8.1/ La musique profane

À côté des ricercari et intrade, pièces destinées à être jouées par les musiciens municipaux (publiées dans les Lustgarten neuer teutscher Gesäng, Balletti, Gaillarden und intraden en 1601), H. L. Hassler nous laisse un grand nombre de polyphonies profanes. Les détailler toutes nous amènerait à répéter ce que nous avons déjà amplement observé jusqu’ici. Nous renvoyons le lecteur à huit exemples caractéristiques (les quatre premiers publiés dans les Neüe teütsche Gesang d’Augsbourg en 1596, les quatre suivants dans les fameux Lustgarten neuer teutscher Gesäng de Nuremberg en 1601):

‘ a/ Das Herz tut mir aufspringen, Partition : AM, p. 32
b/ Nun fanget an, Partition : AM, p. 36 ; Enregistrement : HLH2(6)
c/ Jungfrau, dein schön Gestallt, Partition : AM, p. 42.
d/ Feinslieb, du hast mich gfangen, Partition : AM, p. 45 ; Enregistrement : HLH2(8)
e/ All Lust und Freund, Partition : AM, p. 34.
f/ Ach weh des Leiden, Partition : AM, p. 39.
g/ Tanzen und Springen, Partition : AM, p. 47 ; Enregistrement : HLH2(18)
h/ Mein Gemüt ist mir verwirret, Partition : JMB, p. 101 ; Enregistrement : HLH2(17)’

Partout, il en ressort un style homorythmique souvent strict (exemples c, d, g, et h), avec jeux de blocs (exemple a, mes. 12-13 le bloc STB passe mes. 14 à ATB, puis conduit à un tutti). Cette radicalisation de l’écriture va de pair avec une forme binaire souvent sollicitée (exemples a, b et e, avec barres de reprise des parties A et B) et une présence écrasante de la CP 2a. Ajoutons que la période cadentielle peut se trouver enrichie de la quarte et sixte de cadence (exemple f, mes. 33-37 sur CP 2a). Il est à supposer qu’Hans Leo Hassler destinât ses œuvres à un public relativement large, puisque les ambitus sollicités sont d’une sobriété étonnante (quand on raisonne avec R. de Lassus ou J. P. Sweelinck en mémoire) ; en effet, si la basse reste encore assez large (onzième dans l’exemple d, douzième dans l’exemple b), la plupart des voix se cantonnent à l’octave quand elles osent l’atteindre : on rencontre alors des octaves diminuées (soprano de l’exemple g : fa#3 à fa4), des septièmes mineures (alto de l’exemple g), quantité de sixtes majeures ou mineures (ténor de l’exemple a, alto et ténor de l’exemple d), voire de simples quinte justes (alto des exemples a et f). La sobriété semble de mise.

Il est d’autant plus difficile d’évoquer la liberté d’écriture quand aucune pièce ne s’adonne aux grandes vocalises (seul l’exemple b s’autorise quelques mouvements conjoints en croches, d’ailleurs limités à la quinte – comme à l’époque d’Isaac), ni au travail des imitations (là encore, l’exemple b est le contre-exemple qui confirme la règle).

En fait, en regardant ces œuvres, nous remarquons à quel point H. L. Hassler adapte à la langue allemande les allures de la Canzona italienne : œuvre simple, homorythmique, vigoureuse par le tempo et le rythme, sans aucune sophistication de l’écriture.

Qu’on se garde bien de parler d’incompétence, car Hassler adapte son écriture au répertoire (Lassus ne faisait-il pas de même ? Qui oserait mettre sur un pied d’égalité une simple Villanelle et les Prophetiae Sibyllarum ?). Pour l’heure, Hassler se délasse.

Si le lecteur veut retenir un exemple représentatif de ce répertoire profane, il peut se souvenir du Tanzen und Springen dont les « fa la la la »ne sont pas sans évoquer quelque ritournelle italienne (voir Exemple 3-2.8.1, Annexes p. 92).