A/ Ornements concernant « l’Harmonie » (la polyphonie)

I. Fuga realis : entrée de toutes les voix en imitation rigoureuse.

[Les imitations alternent des sujets et des réponses placées tantôt à l’unisson, à l’octave, à la quarte ou à la quinte supérieure ou inférieure. Cf. G. Dressler, Unser Leben währet siebzig Jahr, mes. 1-8 : Exemple BA3451, p. 128]

II. Metalepsis : écriture en imitation utilisant deux sujets.

[Cf. J. P. Sweelinck, De profundis, mes. 73 à fin : Exemple 3-2.7, Annexes p. 88. H. L. Hassler, Ad Dominum cum tribularer, mes. 47 à fin : Exemple 3-2.8.3.2, Annexes p.  94. Dans les deux cas, les sujets sont contraires : l’un chromatique, l’autre diatonique, l’un ascendant, l’autre descendant. On retrouve une écriture en imitation avec deux sujets dans Laetentur Caeli du même Hassler, voir Exemple 3-2.8.3.1, Annexes p. 93]

III. Hypallage : écriture en imitation « avec inversion des intervalles » (en mouvements contraires).

[Cf. L. Lechner, Grün ist der Mai, mes. 3, entre le soprano 1 et l’alto 2 : Exemple 3-2.4.1, Annexes p. 80. L’imitation en mouvement contraire se retrouve également dans Laetentur Caeli d’Hassler, mes. 6-7, voir Exemple 3-2.8.3.1, Annexes p. 93]

IV. Apocope : « Fugue qui n’est pas menée intégralement à son terme en toutes ses parties par l’ensemble des voix […] » (imitation libre).

[Imitation libre : Cf. R. de Lassus, Von morgens früh, mes. 1-9, où seules les quatre premières notes sont communes entre les voix : Exemple 3-2.1.1.1, Annexes p. 67]

V. Noëma : « Le Noëma,   , est une allure de l’harmonie telle qu’elle tient les voix jointes ensemble sur une même quantité de sons ; en outre il affecte les oreilles, et plus encore le cœur, d’une façon suave et les caresse d’une manière prodigieuse, s’il est introduit de façon opportune » ( contraste créé par l’homorythmie).

[Cf. L. Lechner, Herr Jesu Christ, dir lebe ich, mes. 13-15, où – comme dit plus haut – l’écriture enchevêtrée aboutit à un massif « auf dein Erlösung tröst ich mich » (que ta rédemption me console) : Exemple 3-2.4.2, Annexes p. 81. Cf. J. P. Sweelinck, De profundis, mes. 1-7, où les voix entrent de manière décalées puis se retrouvent en homorythmie sur « Domine » (Seigneur). L’effet d’adoucissement est ici parfaitement représenté : Exemple 3-2.7, Annexes p. 88]

VI. Analepsis : « elle est comme la répétition d’un Noëma, sa duplication […] ».

Agathe Sueur et Pascal Dubreuil ajoutent : « Burmeister présente l’Analepse comme une sous-partie du Noëma : cette figure est donc numérotée 1 et non VI. Il en sera de même pour la figure suivante, la Mimesis, nimérotée 2 et non VII519 ».

VII. Mimesis : Noëma répété par deux groupes de parties voisines, de tessiture différente.

[Cf. G. Dressler, Wahrlich ich sage euch, mes. 30-35, où la section à trois voix SAT est reprise par le groupe ATB, et vient contraster avec la polyrythmie précédente. Double effet d’adoucissement et de calme, donc, ceci pour appuyer le sens du texte : « Der hat das ewige Leben » (il a la vie éternelle) : Exemple 3-2.2, Annexes p. 76]

VIII. Anadiplosis : « parure de l’harmonie qui consiste en une double Mimesis ».

[Cf. H. L. Hassler, Credo de la Missa octo vocum, mes. 57-75, où le premier chœur se scinde en deux pour établir un effet de mimesis permanent : Exemple BA2910, p. 26 sq.]

IX. Symblema : « fusion de consonances et de dissonances […], à la fin, ou dans la deuxième partie du tactus » (dissonance sur un temps faible).

[Cf. J. P. Sweelinck, De profundis, mes. 66, où le mi3 en passage du ténor 1 vient créer une dissonance avec le ré2 de la basse et le fa4 du soprano : Exemple 3-2.7, Annexes p. 88]

X. Syncopa ou Synérèse : « La syncope,  , procède à l’inverse du Symblema » (dissonance sur un temps fort, provenant d’une consonance sur un temps faible = retard).

[Omniprésent. Cf. H. L. Hassler, Ad Dominum cum tribularer, mes. 47-48, pour le plus saillant de nos exemples, avec un retard provoquant l’accord de 9e : ré-fa#-la-mi : Exemple 3-2.8.3.2, Annexes p. 94]

XI. Pleonasmus : accumulation de dissonances.

[Cf. J. P. Sweelinck, De profundis, mes. 3-4, où le frottement la-si est dédoublé. On notera que la première fois (mes. 3), la dissonance est occasionnée par le retard du si du soprano sur l’accord parfait mineur de la, et la seconde fois par le retard du la de la basse sur l’accord de dominante de la mesure 4 ; si le frottement est toujours celui de la seconde, il ne recouvre pas exactement la même tension : Exemple 3-2.7, Annexes p. 88]

XII. Auxesis : transposition ascendante d’un fragment homorythmique.

[La courte section « gaudebunt campi », mes. 11-13 du Laetentur Caeli d’Hassler, Exemple 3-2.8.3.1, Annexes p. 93, présente bien une répétition ascendante du même phrasé, dans un traitement globalement homorythmique]

XIII. Pathopoeia : « figure apte à susciter les passions, elle survient lorsque sont insérés dans le poème des Semitons qui n’appartiennent ni au Mode du poème, ni à son Genre ».

[Cf. tous les thèmes chromatiques de Lassus, Sweelinck et Hassler]

XIV. Hypotyposis : figure éclairant, illustrant le sens du texte.

[Définition large, englobant la direction mélodique, l’allure rythmique, ou les vocalises. Là encore, les exemples ne manquent pas. Citons J. P. Sweelinck, De profundis, mes. 1-6, avec ses affaissements vocaux sur « profundis » et le saut ascendant d’octave sur « clamavi », deux directions opposées traduisant pour le mieux le sens du texte, ou, pour reprendre la même œuvre, « Speret Israël in Domino » (qu’Israël espère au Seigneur) sur un rythme ternaire : Exemple 3-2.7, Annexes p. 88.Voir aussiG. Dressler, Wahrlich, ich sage euch, mes. 18-21, avec ses vocalises sur « ewige Leben » (vie éternelle) : Exemple 3-2.2, Annexes p. 76.]

XV. Aposiopesis : « consiste à imposer un silence total à toutes les voix », dans un but expressif.

[L’exemple le plus éloquent est certainement le Gloria de la Missa super Angelus ad Pastores ait de Hieronymus Praetorius : Enregistrement : DBW-Cd2(4).]

XVI. Anaploce 520 : répétitions entre deux chœurs, à huit voix.

[Toute la Missa octo vocum d’H. L. Hassler repose sur ce principe, tout comme la Missa super Angelus ad Pastores ait précédemment citée de H. Praetorius.]

Notes
519.

Ibid., p. 155, note 1.

520.

Figure absente de la Musica Autoschédiastikè, mais présente dans la Musica Poetica.