B/ Ornements concernant la mélodie

I. Parembole  : voix accompagnant librement une exposition fuguée.

[L’exemple le plus proche de cette technique serait sans doute Vom Himmel hoch da komm ich her d’A. Gumpelzhaimer, Exemple 3-2.5.2, Annexes p. 84. Ici, le cantus firmus en valeurs longues semble totalement indépendant des trois voix inférieures]

II. Palillogia  : répétition d’une incise entière ou non au sein d’une même voix, sans transposition, avec ou sans pauses.

[Cf. De profundis de Sweelinck, Exemple 3-2.7, Annexes p. 88, avec un soprano qui répète « Domine » sur le même rythme et avec une pause intermédiaire, mes. 27-29. On pourrait contester la remarque, en observant que la répétition de « Domine » est intégrée au troisième verset du Psaume 130 (129) : « Si tu observes nos iniquités, Seigneur, Seigneur, qui subsiste ? ». Or, Sweelinck en place trois : le premier mes. 23-24, et les deux suivants aux mes. 27-29. Certes, il y a redondance poétique, mais il y a aussi Palillogia musicale]

III. Climax  : « figure qui répète des sons sur des degrés d’intervalles semblables » (répétition mélodique par transposition).

[Cf. A. Gumpelzhaimer, O Herr Jesu Christe, du mein getreuer Gott, Exemple 3-2.5.1, Annexes p. 83, où les voix s’échauffent sur un « Dir lebe ich »ascendant, mes. 10-12. On trouve d’autres répétitions par transposition dans O vos omnes de H. Praetorius, Exemple 3-2.6, Annexes p. 85, avec le phrasé du soprano mes. 33-36 qui monte à la quarte. Cf. également J. P. Sweelinck, De profundis, soprano mes. 3-5, où « clamavi » est répété mais une quarte plus haut : Exemple 3-2.7, Annexes p. 88]

IV. Parrhesia  : dissonance (5 te diminuée, 4 te augmentée, etc .), mi contra fa placé en note de passage sur le temps levé.

[C’est le cas par exemple des septième de passage, comme on en trouve dans Timor et tremor de Lassus, Exemple 3-2.1.3.3, Annexes p. 75, mes. 2, avec un mib à l’alto qui crée la dissonance sur le temps levé. On peut aussi évoquer Ad Dominum cum tribularer d’Hassler, Exemple 3-2.8.3.2, Annexes p. 94, mes. 17, entre l’alto 2 et le soprano : intervalle de quinte diminuée ré-laballant naturellement se résoudre sur la tierce mib-sol, dissonance placée sur une partie faible de la mesure]

V. Hyperbole  : « élévation de la Mélodie au-delà de sa limite supérieure ».

[Là encore, le De profundis de Sweelinck contient de bons exemples : parmi les plus spectaculaires, signalons le soprano mes. 23 qui atteint son sol4 sur le « Do » de « Domine », ou la basse mes. 27, sur le « ne » de « Domine ». Le nom du Seigneur est ainsi l’occasion de porter les voix vers les sommets. Voir Exemple 3-2.7, Annexes p. 85. On peut encore évoquer le « exaudivit me »du Ad Dominum cum tribularer d’Hassler, Exemple 3-2.8.3.2, Annexes p. 92, où le ténor touche pour la première fois un la3 à la mesure 32, note qu’il retrouvera plus loin, mes. 39 sur le « mam » de « animam ».]

VI. Hypobole : « abaissement de la Mélodie au-dessous de sa limite inférieure ».

[Bien sûr, on pense immédiatement au De profundis de Sweelinck et ses premières mesures : la basse plonge jusqu’au mi1, le soprano au si2, deux exemples simultanés d’hypobole]