3/ Les Continuateurs de la Tradition

En marge du bouillonnement artistique précédent, certaines chapelles allemandes restent attachées au choral homorythmique tel qu’il fut popularisé par Martin Luther et Johann Walther. Nous l’avons vu, le Gloria de la Missa super Angelus ad Pastores ait de Hieronymus Praetorius est entièrement conçu sur le mode homorythmique, et la Missa octo vocum d’Hans Leo Hassler ne manque pas non plus de verticalité.

De manière assez radicale, une poignée de Kapellmeister se retrouve pour forger une esthétique luthérienne particulièrement austère, bronze hiératique et froid au regard des orfèvreries précédentes. Il s’agit bien d’une radicalisation, sans doute une réaction à la Contre-Réforme, ou encore un jusqu’au-boutisme luthérien (faisant fi de la grande variété d’écriture d’un Johann Walther par exemple), et très certainement un mélange des deux. Car ce XVIe siècle finissant a grand besoin de certitudes ; et les certitudes s’affirment avec autorité, sans contour, pour se contenter de leur éclatante nudité (laissons les costumes aux fanfaronnades chromatiques, les poudres et perruques aux saltimbanques de l’harmonie, les mauvais tours et autres figures rhétoriques aux bateleurs itinérants). Les artisans de cette rectitude sonore sont bien connus : Lucas Osiander, Joachim von Burck, Johannes Eccard, Christophorus Demantius, Melchior Vulpius. C’est dans cette lignée que s’inscrit le puissant Michael Praetorius, véritable étendard de la musique luthérienne, précédant « les trois S » (Schein, Scheidt, Schütz). Fort heureusement, Michael Praetorius tente déjà – et avec succès – une synthèse de la tradition et des innovations italiennes. Esprit lumineux, ses écrits (et ses œuvres) portent la trace d’un idéal musical qui dépasse largement l’étroit carcan de la tradition dont il est pourtant l’héritier. Ainsi, le respect de la tradition au sens le plus orthodoxe du terme ne sera que de courte durée. Michael Praetorius comme ultime compositeur du compromis, mais issu de la branche la plus conservatrice, voilà bien un paradoxe – un de plus – dans notre cheminement vers le Baroque.

Voyons brièvement les quelques étapes qui nous conduisent à lui.