3.1/ Lucas Osiander (1534-1604)

Lucas Osiander est essentiellement connu pour la publication en 1586 de ses Fünffzig Geistliche Lieder und Psalmen, harmonisations à quatre voix de chorals luthériens. On retrouve alors des pièces célèbres comme Christum wir sollen loben schon 523, Ein feste Burg ist unser Gott 524, Ach Gott vom Himmel sich darei 525, ou Wohl dem der in Gottes Furcht steht 526.

On retiendra de ces harmonisations de chorals une simplicité de l’écriture poussée à l’extrême. Chaque note du cantus firmus (confié au soprano) est harmonisée simplement sans aucune note ornementale (absence de retard ou d’appoggiature) à l’exception de quelques rares notes de passage ; les paroles sont traitées avec une majorité écrasante d’accords parfaits à l’état fondamental, en respectant un syllabisme de rigueur. Ach Gott vom Himmel sich darei laisse entendre toutefois une vocalise finale, pour achever sa présentation sur une cadence parfaite de type 2a (avec Ier degré intermédiaire entre IV et V) et tierce picarde.

Pour l’exemple, un bref regard sur le traitement d’Ein feste Burg ist unser Gott permet de comprendre toute l’étendue du phénomène (voir Exemple 3-3.1, Annexes p. 98). La distance qui existe entre cette version et celle proposée par Johann Walther (voir Exemple 2-2.2.4, Annexes p. 38) est stupéfiante. Osiander semble tourner le dos à toute forme de complexité, et renonce à tout effet superflu. En l’espace d’une quarantaine d’années (1544 contre 1586), la musique trouve un certain réconfort dans ces larges blocs homorythmiques coiffés de points d’orgue, entrecoupés de silences, aux valeurs rythmiques élémentaires et aux ambitus raisonnables (soprano, alto et ténor se blottissent dans l’octave, tandis que la basse se contente d’une modeste neuvième). Même d’un point de vue harmonique, la rigueur est de mise : omniprésence d’accords à trois sons à l’état fondamental, d’où s’échappe un seul accord renversé (sur la syllabe « bö », mes. 3), et absence de tout retard.

Notes
523.

Enregistrement : DIV5(1).

524.

Partition : WINTERFELD (Carl von), Martin Luthers Deutsche Geistliche Lieder, op.cit., p. 121.

525.

Ibid., p. 114.

526.

Ibid., p. 125.