Organiste à Mühlhausen, Joachim von Burck527 nous laisse des harmonisations homorythmiques strictes dans le même esprit que Lucas Osiander. Un simple détour par Zur Freud sind wir geladen 528 et Freut euch, ihr jungen Leute 529 nous le confirme. Ces formes Bar sur poésies religieuses de Ludwig Helmbold sont tout à fait représentatives du style de choral au sens strict : le premier d’entre eux offre quelques ambitus réduits (neuvièmes mineures pour les soprano et alto, octaves pour les ténor et basse), une imperturbable homorythmie avec de rares vocalises (localement mes. 4 et 7), vocalises du reste contenues dans la quinte (on tourne effectivement le dos aux vastes mélismes de Lechner ou Hassler), terminaisons avec CP t2 et quarte et sixte de cadence. Freut euch, ihr jungen Leute est encore plus radical, avec des ambitus extrêmement réduits (sixtes mineures pour les soprano et alto). Les polyphonies sont ici débarrassées de leurs effets représentatifs, comme si le message ne pouvait être transmis qu’à travers les vertus de la rigueur, de la simplicité et de la clarté.
Une œuvre intéressante est certaintement la Johannes Passion 530 :
‘ « La Passion selon St-Jean de J. von Burck – première Passion allemande, imprimée à Wittenberg en 1568 – représente le modèle original de la plupart des œuvres allemandes de ce type, en raison de son texte, d’une part, et de sa division en trois parties (au lieu de 5), d’autre part. Le texte est celui de l’Évangile selon St-Jean, réduit et librement traité, ne reprenant dans sa dernière partie que les trois Paroles du Christ en Croix qui lui appartiennent. Ce procédé est nouveau, il s’oppose à la tradition de l’ancienne Passion latine qui préconisait à cet endroit la réunion des sept Paroles du Christ empruntées aux quatre Évangiles. Un certain nombre d’éléments originaux comme l’abandon progressif de l’ancien Ton de la Passion, une harmonisation note contre note, les diverses combinaisons vocales pour la caractérisation des personnages ainsi que le recours à certains traits de figuralisme, contribuent très largement à l’évolution de la forme 531 . » ’On pourrait ajouter à ceci quelques remarques. L’œuvre commence par une annonce (« Höret das Leiden unsers Herrn Jesu Christi aus dem Evangelisten Johannes », Écoutez la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, telle qu’elle est narrée dans l’Évangile de Jean), sorte de pancarte sonore introductive qui trouvera son pendant à l’autre extrémité de la passion (« Wir glauben, lieber Herr, mehre unsern Glauben. Amen », Nous croyons, doux Seigneur, renforce notre foi. Amen). Ce procédé se retrouvera dans bon nombre d’œuvres ultérieures (chez Schütz notamment). Ensuite, le traitement vocal est ici beaucoup plus souple que dans les pièces précédentes. En effet, plusieurs alternances rythmiques (passages du ternaire au binaire) se joignent à des vocalises plus nombreuses bien que toujours modestes. L’écoute de cette passion montre bien à quel point Joachim von Burck sculpte sa polyphonie en fonction du texte, des protagonistes et de leurs échanges. Le chœur s’allège pour introduire les dialogues, se presse et devient compact pour demander la libération de Barrabas, s’allonge et prend des allures hiératiques pour évoquer l’écriteau de Pilate (« Jesus von Nazareth, der Juden König », Jésus de Nazareth, le roi des juifs). Nous retrouvons cette souplesse d’écriture dans Der Herr mit seinen Jüngern 532, où la composition alterne sections homorythmiques et quelques départs en imitation. L’Historia des Leidens uns Sterbens Unseres Herrn (1594) de Johannes Herold (1550-1603)533, passion recomposée à partir des quatre évangiles (même si l’introduction ne fait référence qu’au seul Matthieu), partage la même intensité dans le traitement du chœur, en jouant cependant davantage sur les modes d’écriture (homorythmie, polyrythmie).
Nom à l’orthographe variable : Burck ou Burgk. Nous retenons ici la première version. Ne pas confondre Joachim von Burck (1546-1610) avec Arnold von Bruck (1490-1554), compositeur aux premières heures de la Réforme.
Partition : BA615, p. 83.
Ibid., p. 56.
Enregistrement : DIV11(1-3).
Kneubühler (Suzanne), livret du Cd DIV11, p. 8.
Enregistrement : CD2(8).
Enregistrement : DIV11(4-6).