Mais auparavant, la tradition imposée par Lucas Osiander et perpétuée par Joachim von Burck trouve encore deux continuateurs de poids. Le premier d’entre eux – et non des moindres – est Christophorus Demantius542, certes engagé dans le XVIIe siècle mais fortement attaché à l’idéal homorythmique.
Né en à Reichenberg en Bohême, il fréquente Wittenberg et Leipzig avant d’occuper le poste de cantor à la Johanneskirche de Zittau (Saxe) entre 1597 et 1604. Toujours en Saxe, il devient cantor à Freiberg en 1604, poste qu’il conservera jusqu’à sa mort. Certes, comme l’indiquent les archives de Zittau, Demantius « ne faisait chanter que ses propres pièces et de nouvelles choses inconnues, et non les anciennes pièces que connaissaient bien les gens de la ville543 ». Mais peut-on être aussi lyrique que Paul van Nevel quand il affirme que « […] la qualité de sa musique, son individualité et son universalité font de ses compositions des témoignages fascinants d’une culture florissante », ou que « l’universalité et l’habileté de Demantius sont incontestables […] » ? « Le style de Demantius », dit-il encore, « excelle dans sa sonorité somptueuse qui fait largement appel à l’écriture à six voix. La richesse harmonique correspond mieux à l’expression de la profondeur du texte qu’à une illustration superficielle de ce texte544 ».
Bien entendu, nous retrouvons dans la Johannes Passion (1631) de C. Demantius545 une intelligence du chœur (comprendre une juste mise en œuvre des masses chorales réparties selon les besoins du texte) très proche de celle croisée chez Joachim von Burck, avec une souplesse rythmique plutôt audacieuse (là encore, le binaire et le ternaire se côtoient avec une dynamique narrative très efficace). Mais il faut bien admettre que le hiératisme homorythmique domine la majorité de ses œuvres, et que Lassus, Hassler ou Sweelinck sont allés beaucoup plus loin en matière de « richesse harmonique ». Il faut sans doute voir dans son Laudate Dominum à six voix (tiré des Trias Precum Vespertinarum, Nuremberg, 1602)546 l’un des rares exemples de contorsion harmonique – encore qu’inséré dans une cadence bien prévisible.
À titre d’exemple, nous voyons à quel point Ich hab mein Sach Gott heimgestellt (voir Exemple 3-3.4, Annexes p. 101)547 reste proche des conventions.
Johann Christoph Demant latinise son nom à la fin de sa vie en Christophorus Demantius. Les partitions adoptent souvent une dénomination composite : Johann Christoph Demantius. Dans tous les cas, il s’agit bien du même personnage.
Paul van Nevel, livret de l’enregistrement CD1, p. 6-7.
Ibid.
Enregistrements : DIV11(7-9), et CD2(1-5).
Enregistrement : CD1(4).
Partition : ED4254, p. 235.